Sommaire :
Bulletins
Intertok
Nouvelles de Tokombéré (Christian Aurenche
Paris 28 avril 2002-05-26
24èmes journées sanitaires
Tokombéré, 11 et 12 janvier 2002
Un appel des jeunes de Tok (maîtrise de la
sexualité)
Les pages des associations
Association St
Germain des Prés Tokombéré
Association
Tokombéré
École pour la Vie
Association
Tokombéré La Flèche
Artok Paris
Dans
ce bulletin
Intertok
n°2 , vous retrouverez
des informations sur ce qui se vit à Tokombéré et dans les associations fédérées
dans Intertok. Mais aussi une amorce de réflexion
sur l'avenir du partenariat entre Tokombéré et nos associations. Qui passe, entre
autres, par les réseaux d'amitié et de partage (éditorial), par l'intérêt pour la
culture africaine (rubrique "des livres")
Après plus de vingt-cinq ans,
après l'étape marquée par la remise de la Légion d'Honneur à Christian
Aurenche que nous fêterons le 19 octobre l'élan est toujours
présent.
À
tous, nous donnons rendez-vous le
samedi
19 octobre 2002
Tokombéré
à l'honneur
une
étape, un élan
de
14
h
à 20
h, à PARIS
(voir en dernière page)
Par
ailleurs, nous vous signalons une modification de nos adresses Internet :
site
web : www.tokombere-partenaires.org
Voilà plus de 25 ans que Christian
Aurenche, dans les pas de Baba Simon, uvre à Tokombéré pour la promotion humaine.
Soutenu par des associations
constituées au fil des années et fédérées dans Intertok, c'est un projet marqué par
son enracinement dans la durée. Une génération. Les "enfants de Christian
Aurenche" sont aujourd'hui des adultes responsables, entreprenants, engagés.
Plusieurs ont fondé des entreprises qui leur permettent de vivre tout en participant au
développement commun. D'autres terminent des études qui vont leur permettre d'occuper
des postes autrefois pourvus par des coopérants français - agronome, médecin - ou de
faire face à des besoins jusque-là non couverts : dentiste, vétérinaire, pharmacien,
comptable.
Encore un petit effort et le Centre de
Promotion Humaine de Tokombéré sera entièrement camerounisé et pourra s'autogérer.
Est-ce à dire que nous serons au
terme du chemin à parcourir ensemble ?
Sans doute l'appui financier restera
nécessaire: la Fondation Christian Aurenche existe dans ce but. Mais au-delà ?
Tous ceux de Tokombéré qui sont
venus en France - Prosper et Gornet, Victor Eboh et Ladé, Chélié - l'ont dit : "ce
qui encourage c'est de voir que nous ne sommes pas seuls sur le chemin". Vont-ils
poursuivre seuls ce chemin ?
Tous ceux d'Europe qui sont allés à
Tokombéré s'y sont sentis "décapés" d'idées fausses, d'a priori, d'une
gangue qui cache l'essentiel. L'expérience de fraternité, de solidarité vécue là-bas
nous a fait entrevoir un homme nouveau.
Renoncerons-nous à cet enrichissement
mutuel apporté par les échanges culturels, par ces regards croisés, lorsque Christian
Aurenche, Nicole Payelle, Grégoire Cador et les surs Agnès Franco et Monique
François auront des successeurs et que le collège Baba Simon, l'hôpital et la paroisse
fonctionneront sans eux ?
L'avenir du partenariat entre les
membres des associations et l'équipe du CPH de Tokombéré se jouera dans les amitiés
personnelles que chacun d'entre nous aura su tisser.
Communiquons, écrivons, lisons,
échangeons des photos. Réfléchissons sur les mêmes thèmes et partageons nos
réflexions. Faisons-nous des amis et veillons à entretenir ces amitiés.
Cécile BEAUFILS
Christian Aurenche -
Paris 28 avril 2002
Faisons
ensemble le tour du Projet de Promotion Humaine de Tokombéré (PPHT) Chaque secteur
d'activité est spécifique et autonome, mais chacun a le même langage, les mêmes
stratégies, le même objectif, l'Homme vivant à Tokombéré, en lien avec tous les
hommes du monde. Ces lignes sont un appe1 à approfondir notre partenariat.
1)
à Tokombéré, c'est le temps de la
formation de cadres camerounais,
pour l'hôpital, le collège, la maison du paysan, le projet jeunes. Il en est de même
pour le projet pastoral, car si le choix des prêtres et des religieuses ne dépend pas de
nous, nous avons en charge le choix de collaborateurs, des médecins
le Dr
Souleymanou est en place brillamment, le Dr Ndigwa (de Tokombéré) passe sa thèse en
2003 ; J.P. Tada, en pharmacie, J.P. Adoukara en chirurgie dentaire, A. Ichakjou comme
vétérinaire, avancent sérieusement ; un jeune va partir en formation de
kinésithérapeute au Togo ; et nous espérons pouvoir faire partir aussi une jeune femme
pour les études de sage-femme. Dans tous les secteurs, des jeunes se forment pour la
gestion, pour l'enseignement, à l'université catho1ique de Yaoundé, actuellement dans
la région parisienne, en gestion, pour Mr
Chelye. David Mardjo, désormais ingénieur
agronome, doit nous rejoindre, et nous recherchons des animateurs formés pour le projet
Jeunes.
C'est
le grand espoir du PPHT que de voir tous ces jeunes, issus de Tokombéré s'engager à
servir leurs Frères. C'est aussi un risque. "Resteront-ils avec nous?"
"Pourrons-nous les rémunérer correctement?"
"Le projet se pérennenisera-t-i1?" Nous découvrons à Tok ce que nos
partenaires connaissent bien, la mobilité du personnel, la nécessité d'une juste
rétribution, la fragilité d'un engagement, la difficulté de conjuguer tout cela avec la
notion de service dans un contexte de grande pauvreté.
Au
Cameroun, comme ailleurs, pour certains, c'est le règne de l'argent-roi ; on entend même
certains dire "je vaux tant". Or le Projet reste celui de la promotion humaine
d'un peuple longtemps marginalisé, en plein éveil, responsable et engagé, aux
innombrables besoins, et pauvre.
2)
C'est aussi le temps de réfléchir à la poursuite du projet, dans toutes
ses dimensions. Notre politique de formation porte ses fruits. Il faut penser à l'avenir
de ses équipes dirigeantes. Comment concilier la promotion des plus pauvres, avec des
objectifs très précis, le passage de responsabilités à des jeunes issus du projet mais
en butte à d'innombrables pressions pour 1es détourner vers la fonction publique ou des
emplois plus lucratifs auxquels ils peuvent prétendre? N'oublions pas la corruption très
répandue, et la dépendance de 60% des ONG vis-à-vis de l'étranger, avec des salaires,
temporaires certes, mais élevés. C'est pourquoi germe peu à peu l'idée d'un Comité
de liaison entre Tok et ses partenaires des associations ; comme un regard sur le Projet, pour le maintien des
objectifs, en particulier le souci des plus pauvres, et pour une saine gestion de chaque
service.
3)
Le Projet grandit. Le Collège est très reconnu, par ses bons
résultats et sa ligne pédagogique, où les passerelles assurent une espérance réelle
pour ceux qui vivent dans les zones rurales ; la salle informatique est nécessaire pour
l'avenir, tant pour les élèves que pour les professeurs ; les inscriptions
nombreuses
des enfants de Tokombéré, malgré un taux de scolarité faible, exigent la cohérence de
l'équipe des enseignants.
La
Maison du Paysan, en attente d'une direction, a maintenu ses principaux objectifs
: la sécurité alimentaire assurée par les banques de produits alimentaires ; la
formation permanente des paysans dans le domaine de la protection des sols et de
l'environnement des techniques de l'élevage
Le partenariat avec le milieu paysan se
joue avec la relève du GAMTOK (le groupement des agriculteurs modernes de Tok) et ses 80
groupes. La Maison du Paysan participe avec succès aux foires agricoles du Nord du
Cameroun. Il nous faut penser à créer en Europe un partenariat sérieux pour le projet
agricole qui n'a pas de ressources à long terme, et qui est le pivot de l'ensemble du
Projet Tok en milieu rural.
Le
Centre de Promotion de la santé de Tok (CPS) voit
ses acquis se confirmer. Surveillance de 85% des enfants de 0 à 5 ans, des femmes
enceintes à 80%, couverture vaccinale avec les 6 antigènes du PEV (programme élargi de
vaccination) qui écarte la crainte d'épidémies ; engagement du Centre dans la lutte
contre le Sida, sensibilisation, conseils et suivis des malades, soins pour les maladies
opportunistes, et bientôt, si nous en avons les moyens financiers, soins et suivis des
bébés de mamans séropositives et des malades du sida, mais n'ayant pas les moyens
financiers d'accès aux médicaments (existants pourtant au Cameroun). L'Hôpital a signé
un protocole d'accord avec le Ministère de la santé publique pour sa reconnaissance
comme hôpital de référence dans le district de santé de Tokombéré. Ce qui nous
aidera sur le plan du recrutement du personnel et, nous l'espérons sur le plan
financier.
Le
projet Jeunes brille toujours par son organisation, la publication de Kudumbar (il
faut d'autres abonnés pour tourner financièrement), le déroulement excellent de son
rassemblement de saison des pluies (cette année avec le thème de la Paroisse,
"choisis la vie" (Dt 30,19). Toute l'année a été dominée par une grande
réflexion avec les Parents sur la Maîtrise de soi, mais il y a encore un grand travail
à faire dans le domaine de 1a vidéo, de la bibliothèque et de la lecture... tout ceci
exigeant la recherche et l'engagement d'un permanent salarié compétent. Le FJT, les
mini-foyers fonctionnent bien, les sarés sont des lieux exemplaires d'éducation à la vie
en société.
La
Promotion féminine
poursuit son chemin aussi. Sessions pour jeunes filles n'ayant pas été à l'école,
formation des femmes à un bon niveau de couture mais reste le problème des animatrices
qui restent très difficiles à trouver en raison de la présence des ONG qui paient.
À
la lisière de tous les projets, fruits aussi de l'annonce de l'évangile
Le
projet des "Petites entreprises".
C'est un poste très important, et préoccupant car nécessitant des moyens et un fort
encadrement. Ce sont des jeunes de Tok qui s'engagent à créer sur place des petits
postes de travail ; il faut les aider à se lancer et les suivre sur le plan de la gestion
(nous avons recruté pour eux un gestionnaire), pour
la critique des innovations
afin de
créer ce réseau socio-économique qui sous-tend la vie d'une société.
Ces
entreprises sont nombreuses, parfois prospères, toujours modestes et fragiles. Commerces,
garage, menuiserie, vannerie, artisanat, boulangerie,
entreprises de construction, entreprise électrique, hôtel-restaurant
Et toutes les
petites fermes qu'il faut développer : achat de terre, achat de matériel agricole, de
bétail, création d'un circuit vétérinaire... penser à la gestion, à la
commercialisation... beaucoup à faire. Mais sans ce retour des jeunes à Tok, pas
d'espoir de relève et pas d'espoir pour la vie. Il faut bien noter que beaucoup de
jeunes, en particulier du collège, se positionnent.
Le
projet pastoral
est le fondement de tout. Par Baba Simon, l'évangile
est venu, cette bonne nouvelle a fait germer la vie nouvelle. Ce sera le sujet de la
réunion de printemps de l'Association St Germain des Prés Tokombéré le 15 avril
à Paris.
La
bonne nouvelle est pour tous, pour féconder la vie de tous, pour greffer sur les forces
vitales de chacun cette sève qu'est l'amour fraternel et l'enracinement en Dieu. Toute
religion, tout chemin politique ou philosophique est renouvelé pour lui permettre d'aller
au bout de lui-même. Ce sont ainsi les rameaux de la promotion humaine qui fleurissent à
Tok.
La
communauté chrétienne se fortifie ; les appels au baptême par les communautés en sont
l'expression. Sérieux, prudence,
clairvoyance, critique et autorité sont là. Il y a moins d'appelés cette année, 70,
mais des couples, des grands jeunes, quelques anciens bien fidèles...
Nous
voyons se dégager des couples responsables, éclairés, entourés de belles familles,
acceptant de prendre peu à peu la charge de l'évangile.
Les mariages et les baptêmes des petits enfants se font plus souvent dans les
communautés.
Il
est clair qu'il faut un accompagnement plus serré et permanent. Se pose le problème de
lieux d'implantation permanents plus proches des gens, de Responsables permanents...
4) Voilà posées des
questions, nos espérances et inquiétudes. Par Intertok, chacun de vous est
introduit dans ce partenariat global. Chacun, engagé dans son secteur, ne doit pas
ignorer le tout, la promotion de l'Homme, et donc doit s'efforcer de connaître
l'ensemble, et de trouver des idées, des projets, des moyens pour chaque secteur et pour
l'ensemble.
Regard d'un missionnaire d'après Vatican II
Père
Christian Duriez
ISBN 2-84586-249-0
192 Pages - 02/02
Prix : 19,50 Euros
A quelque 100 km au sud de
Tokombéré, s'étend le pays kapsiki ; ses dykes volcaniques sont célèbres... Mais il
faut entrer dans ce pays et rencontrer les Margui qui y vivent, il faut rester longtemps
pour qu'une véritable connivence s'établisse peu à peu entre les gens et celui qui est
tombé amoureux de ce terroir. C'est ce qu'a fait Christian Duriez, missionnaire en pays
kapsiki de 1960 à 1980.
Mais ce livre n'est pas
neutre ! Il fait davantage que décrire une expérience. Dans le diocèse de
Maroua-Mokolo, une réflexion s'est bâtie depuis longtemps sur les conditions d'une
vraie rencontre entre l'Évangile et les habitants. Comme à Tokombéré, le
quotidien se charge de désenchanter la vie dans les monts Mandara. Cette terre, riche de
sa diversité ethnique et de ses coutumes, aura-t-elle assez de vitalité pour intégrer
le monde moderne qui arrive ? L'Évangile aidera-t-il les jeunes kapsiki dans ce difficile
passage ? Et l'Église, quel sera son visage au Nord-Cameroun : le visage d'un
nouveau pouvoir, ou celui du service fraternel, tel que l'a rêvé le Concile Vatican 2 ?
Ce livre, en décrivant une pratique missionnaire bien répandue dans le diocèse de
Maroua, apporte des éléments de réponse.
Véronique et
Stéphane Bigo
Préface
de Jean-Louis Gouraud
Éditions BELIN
© 2001, 17 x 23,7 cm, 256 pages, nombreuses illustrations couleurs, ISBN 2-7011-3090-5
Prix : 14,95
Euros
Un périple à cheval de Douala à
Maroua, en passant par Tokombéré.
Ce livre est une formidable
introduction à la culture africaine. À travers lanecdote (Le gendarme qui demande
interloqué : "où sont vos véhicules ?"), les grands exposés du Lamido
de Banyo ("Mon pouvoir a quelque chose de sacré. Je suis investi dune force
qui bénéficie à tous mes sujets.") ou les solutions au problème africain du
père Aurenche ("Nous devons faire le pari de lhumain dans
lautre."), ce récit offre au lecteur une fresque émouvante et colorée de
lAfrique.
À coup sûr, il deviendra un ouvrage
de référence, aussi bien pour ceux que les voyages au long cours font rêver, que pour
tous ceux que lAfrique interpelle.
Jai un goût profond pour
lAfrique.
Jy ai rencontré
lhospitalité du chef, la sagesse de lancien, le respect du plus jeune.
Jy ai trouvé plus quailleurs cette pulsion dhumanité, terreau de
solidarité, capable de réparer un moteur en pleine brousse ou doffrir un enfant à
la femme stérile.
Cest le seul endroit du monde où
je nai jamais rien payé mais toujours échangé des cadeaux.
Jy ai trouvé ce que les chevaux
mavaient déjà appris, un temps qui passe comme passe le soleil.
Mais surtout, surtout, jai
découvert ce grand rire à fleur de dents, embusqué derrière toutes les situations,
derrière toutes les tensions. Ce grand rire chevillé à lâme, toujours prêt à
jaillir, sans limite, fécond, bienfaisant comme une pluie libératrice.
Jy ai rencontré des hommes de
foi, des hommes de justice, des hommes de vérité.
Et aussi cette mesure dans la
démesure, apanage de ceux qui souffrent mais qui portent en eux lespérance, comme
une torche de vie.
Stéphane Bigo
24èmes
Journées Sanitaires
Tokombéré,
11 et 12 janvier 2002
plus de détails : voir compte-rendu des Journées Sanitaires
Cette rencontre a rassemblé
environ 350 personnes de l'arrondissement qui se sont engagées à venir réfléchir sur
le thème 'le regard sur la personne malade"
Introduction
par le Père Christian Aurenche
[ ] Nous avons à réfléchir sur la question des soins aux malades, non pas sur la technique, mais sur les choix à faire devant ces malades, nos conduites devant nos parents malades. [ ]
[
] Déjà, vous le savez,
ensemble vous et nous, nous avons beaucoup fait pour la santé. [
] Grâce à votre
regard sur le village et à votre participation aux diverses réunions, nous surveillons
bien l'état de santé de vos villages. Votre collaboration à ce travail de santé est
d'ailleurs totalement normale, car c'est de votre santé et de celle de vos enfants qu'il
s'agit. Mais de gros nuages apparaissent à l'horizon.
Nous
voyons que nous regardons mal ceux qui sont malades parmi nous ; trop tard, pas d'argent,
alors on ne fait rien ; les choix d'autres traitements plus chers qu'à l'hôpital, mais
traditionnels, l'achat des médicaments aux marchés, avec le risque d'accident.
Or,
nous avons de quoi éviter, et soigner sinon guérir. [
]
Pendant ces deux jours, [
]
je vous invite à réfléchir ensemble sur ces questions. Pourquoi de très nombreux
enfants morts à l'hôpital pendant cette saison de pluies ? Pourquoi ces difficultés à
faire les transfusions de sang ? Pourquoi n'avons-nous pas d'argent pour les traitements
des vieux ? Avons-nous réfléchi en famille, en communauté, en comité de santé au
choix de tel ou tel traitement, sur le coût des traditionnels, sur le danger des
médicaments acheté au village, sur le temps perdu avec
les poussins. [
]
P. Tetkoï : Qu'est-ce qu'une personne malade pour nous ?
[
]
Qu'est ce qu'un homme malade pour moi ? Est-ce celui qui gémit déjà dans le lit ?
Est-ce celui qui est prêt à être enterré ? Est-ce celui qui a un ventre ouvert sur la
table d'opération?
Ou
alors celui qui est exposé à un état de maladie incurable grave avec toutes les
complications ?
La
manière dont nous concevons la personne malade varie d'un individu à l'autre, d'une
région à l'autre ou encore d'une culture à une autre. Par exemple ; dans la vie de tous
les jours, une plaie est sans importance alors qu'en médecine, ça peut être grave,
puisqu'elle constitue la porte d'entrée aux
microbes. En médecine la grossesse n'est pas une maladie alors que dans certaines
cultures, elle est une maladie grave car son issue est incertaine. Vous voyez, le
problème se trouve entre le début de la maladie et le stade des complications. C'est la
manière dont peut évoluer une maladie qui modifie notre regard sur la personne malade.
[
]
Lade : Que
faisons-nous lorsqu'un membre de notre famille est malade ?
[
]
-
lirresponsable (qui ne soccupe pas de sa famille, mariage précoce, grossesse
rapprochés)
- le manque
déducation (éducation des enfants)
- le pauvre
- le manque de
solidarité
- lisolement
- le manque
dentente dans la famille
- la mauvaise gestion
(celui qui gère mal largent, les récoltes, la famille)
- le mal organisé
(famille nombreuse)
- la famine (manque de
mil, mauvaise récoltes, manque de terre)
- le paresseux
- celui qui refuse la
prévention et le suivi (PMI, CPN, vaccination)
- manque de la foi
- vagabondage sexuel
- le voleur
- le manque
dhygiène (boire de leau sale)
Dr
Souleymanou : Le projet Tokombéré [
] nous aide-il à mieux réfléchir sur la
personne malade ?
Comme
vous le savez, le Projet Tokombéré est né à partir du projet santé (hôpital).
C'est-à-dire à partir du regard et de la réflexion sur la personne malade, du moins la
personne malade dont l'état nécessite l'internement à l'hôpital. Pourtant une personne
malade n'est pas forcément celle qui est dans un lit d'hôpital, ou celle qui présente
certains signes tels que la fièvre, la diarrhée ou une infirmité etc.. Une personne
malade peut aussi être celle qui a un
problème social, économique, moral ou spirituel. Par exemple : un chef de famille qui a
fait une très mauvaise récolte à la fin de la saison est une personne malade tout comme
un autre chef de famille qui n'a pas un champ. Une famille qui n'a pas un grenier de
l'enfant au mois d'août est malade, etc.
C'est
pour résoudre tous ces problèmes de la personne malade et de la santé au sens large du
terme, comme étant l'expression du bien être physique, mental, social et spirituel et
non l'absence de maladies que le Projet Tokombéré
a créé les outils tels le projet agricole (Maison du paysan), la promotion féminine, le
projet éducatif, l'alphabétisation, l'hôpital etc..
[
]
-
Le projet agricole par la Maison du Paysan nous aide à mieux regarder et à réfléchir
sur les malades de malnutrition (surtout les enfants) et ceux victimes de l'insécurité
alimentaire, qui sont à la fois des enfants et des adultes.
-
La promotion féminine quant à elle par les animations qu'elle dispense à nos mères,
femmes et surs les aident à mieux suivre nos enfants et nos femmes enceintes à la
PMI et à la CPN ; avant que les enfants ne soient gravement atteints par la MPC et pour
que la grossesse et le nombre d'enfants ne constituent plus une maladie pour nos femmes et nos surs.
[
]
Voilà
quelques exemples sur comment certains outils du Projet
Tokombéré peuvent élargir notre regard sur la personne malade en dehors du projet
santé. Comme vous le constatez, l'amélioration et l'élargissement de notre regard sur
la personne malade et sur notre santé passent obligatoirement par l'utilisation, à des
bonnes fins, de l'ensemble des structures du Projet Tokombéré mis à notre disposition.
[
]
-
apprentissage de petits métiers (arts, broderies)
-
formation aux soins de santé primaire au village
-
sensibilisation sur le grenier de l'enfant
-
sensibilisation sur la stabilisation de couples
-
assure un revenu à la famille pour couvrir les autres besoins (santé, école,
habillement)
- esprit d'initiative et d'association
sur une disponibilité sans faille, sur votre générosité contagieuse, une générosité
qui appelle elle-même le don ; ce succès repose encore sur un certain nombre d'idées
fortes
- apprentissage de
l'usage des plantes médicinales pour les 1er soins dans la famille avant d'arriver à
l'hôpital.
-
elle est peu active dans certains secteurs (2, 3)
-
manque de sensibilisation
_______________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________
PAROISSE SAINT JOSEPH DE TOKOMBERE
PROJET
-JEUNES DE TOKOMBERE
Tokombéré, le 07 Octobre 2001
Lettre ouverte à tous nos parents et aînés
à
propos de la maîtrise de la sexualité
Chers
parents,
Nous,
jeunes de Tokombéré, nous sommes vos enfants et nous avons l'honneur et la joie de venir
auprès de vous par le biais de cette lettre, pour vous présenter le travail que nous
avons effectué du 05 au 07 octobre au cours d'une session qui rassemblait 230 jeunes,
catholiques, protestants, musulmans, adventistes, apostoliques et adeptes de la religion
traditionnelle, au collège Baba Simon.
Ensemble,
nous avons réfléchi sur le thème: "Maîtriser son affectivité".
Au
terme de cette rencontre, nous avons compris que la sexualité est l'un des plus beaux
cadeaux que Dieu a fait à l'homme. Nous savons aussi qu'avoir un copain ou une copine
n'oblige pas à avoir des relations sexuelles, mais permet de partager les nouvelles
idées. Mais nous savons aussi que nous devons faire très attention pour ne pas être
trompés par l'attrait du rapprochement des sexes. Dieu, en effet, nous a donné les sexes
pour édifier notre avenir et non pas pour s'amuser avec.
Nous
savons que nos devoirs ne se limitent pas à cela et qu'il nous faut aussi respecter nos
parents et leur obéir. Nous avons à les aider dans les travaux champêtres et à faire
tout pour leur apporter de bons résultats en fin d'année scolaire. Nous voulons aussi
être vrais, honnêtes et attentifs aux conseils reçus.
Nous
avons bien compris que la sexualité n'est pas seulement une affaire de jeunes. Tout homme
et toute femme vit sa sexualité. C'est pourquoi, pour mieux nous maîtriser, nous avons
besoin de votre soutien de tous les jours.
Ainsi,
nous vous demandons d'intensifier le dialogue avec nous par des conseils ou réunions de
familles et de ne pas vous contenter de nous jeter des conseils quand vous êtes énervés
ou fatigués ou bien seulement quand nous faisons des bêtises.
Éduquez-nous
et n'ayez pas peur de nous parler de la sexualité en famille, dès le bas-âge et plus
encore au moment de la puberté qui est un moment de découverte difficile pour nous... .
Ne
nous abandonnez pas quand nous avons commis un mauvais acte, mais aidez-nous à nous
relever .
Donnez
à vos enfants la possibilité de participer à des rencontres éducatives, des débats,
des conférences.
Soyez
pour nous un soutien moral, spirituel et financier afin que nous puissions subvenir à nos
besoins sans avoir besoin de chercher à résoudre nos problèmes n'importe où et
n'importe comment. Ne nous conduisez-pas à la prostitution ou à la débauche par le
manque d'encadrement.
Aidez-nous
à ne plus jamais avoir besoin ou envie de recourir à l'avortement, au suicide et à la
fuite pour sortir de nos problèmes:..
Expliquez-nous
la tradition et aidez-nous à la comprendre et à la faire connaître pour que nous
évitions de la négliger. Aidez-nous aussi à la faire évoluer face aux questions
nouvelles du monde moderne.
Nous
vous demandons aussi de respecter les droits de vos enfants, particulièrement la liberté
dans le mariage en évitant les mariages forcés et les dots abusives.
Soyez
des exemples et des modèles à suivre pour nous. Apprenez-nous à éviter la consommation
abusive d'alcool et les sorties nocturnes. non prévues et répétées... Apprenez-nous à
limiter et à réglementer nos comportements et notre manière de nous habiller pour
éviter le racolage et les mauvaises fréquentations.
Nous aimerions pouvoir avoir des
débats avec vous sur les questions suivantes :
-
Responsabilité et irresponsabilité.
-
La tradition face au monde moderne.
-
Le planning familial.
-
Comment gérer sa vie.
-
L'alcoolisme.
-
Attitudes à adopter face à une grossesse indésirée.
-
Attitudes à adopter face à une personne atteinte du sida.
Si
nous avons jugé bon de vous écrire à la fin de notre travail, c'est dans le but de
maintenir avec vous des relations parfaites nous permettant de mener une vie exemplaire
fondée sur nos coutumes et l'accueil intelligent des bonnes choses du monde moderne.
Aidez-nous à trouver un sens à donner à notre vie. ..
Nous
savons bien que cela n'est possible qu'au prix d'efforts durement consentis par vous et
par nous, ensemble. ..
Chers
parents, comptant sur votre bonne compréhension pour relever les défis des temps
-nouveaux, nous vous redisons toute notre gratitude. ..
_______________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________
Le 12 janvier dernier, l'Ambassadeur
de France au Cameroun remettait au Père
Christian AURENCHE les insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur.
Le 19 octobre prochain, nous
fêterons cette distinction au cours d'une rencontre Intertok.
Voici quelques extraits de
l'allocution prononcée par l'Ambassadeur de France le 12 janvier.
[
] Né un jour de déclaration de
guerre, vous atteignez le Cameroun un jour d'armistice [11 novembre 1975].... En territoire muyang, Tokombéré
s'appelle aussi Kudumbar. Dans la langue des zoulgo, Kudumbar signifie le champ
de bataille, le lieu des combats... Quelle histoire !!!!
Vous étiez déjà venu à Tokombéré
en 1965 pour le remplacement provisoire d'une consur, elle aussi médecin et
religieuse, Huguette Perrin. A côté, mais non en marge d'autres fonctions ecclésiales,
vous vous attelez aussitôt à la mise en place à Tokombéré d'un projet de promotion
humaine: vingt sept ans plus tard, ce projet continue et se développe.
De l'hôpital de brousse, modeste
infrastructure sanitaire fondée en 1958 par un médecin suisse, le Docteur Giuseppe Maggi
vous avez fait, en effet, un projet global de développement : son ambition, à la fois
simple et immense, est de permettre aux personnes et aux hommes de ce pays, de mieux
vivre, de vivre debout pour reprendre l'une de vos expressions qui le
résume le mieux.
Au bénéfice des populations rurales de
cette région, dans le respect de leur identité et de leurs croyances, vous avez
successivement transformé l'Hôpital de Brousse en un Centre médical qui fait des
villageois eux-mêmes les premiers agents de leur santé. Meneur d'hommes, par votre
impulsion et la force de votre conviction, vous avez en même temps créé le dynamisme
d'un développement communautaire, dynamisme qui ne s'est jamais démenti. Après un
projet agricole, en 1987, ont suivi foyers de jeunes, centres de promotion féminine, le
Collège Baba Simon, une Maison du paysan. Qu'il s'agisse de la santé, de la
nutrition, de la responsabilité, votre action a été menée de concert avec des
populations qui vous soutiennent d'un engagement réel, inscrit dans la durée. Cet
engagement se traduit aujourd'hui hors de Tokombéré par les sarés où les étudiants
issus de cette zone conduisent, à Yaoundé d'ailleurs, leurs études universitaires dans
le respect de leurs traditions communautaire. [
]
[
] Tout cela vous amène à mettre
en oeuvre des techniques : gagner la confiance, écouter des autres avant tout, prendre du
temps pour découvrir une réalité complexe et rencontrer les gens, mettre en oeuvre la
prévention pour la santé ou la sécurité alimentaire, avec les greniers villageois,
avec cette préoccupation constante d'affirmer l'équation : responsabilité =
dignité. [
]
[
]
Un de vos excellents confrères de Yaoundé, le Père Jacques Fédry, jésuite, [
]
m'a remis la semaine dernière le tiré à part d'un de ses articles consacré à l'énigme
du don : On a voulu nous faire croire que l'homme n'a qu'un unique mobile en
tout ce qu'il fait : l'appât du gain, l'intérêt, le pouvoir. Or, ceci ne peut expliquer
toutes les manifestations de l'homme qui donne. J'extrais encore de cet article le
passage suivant pour souligner: l'importance de ce qui, dans notre société
actuelle, circule en passant par le don, c'est-à-dire en échappant aux procédures du
marché, aussi bien qu'à la redistribution étatique. Ce domaine des réseaux sociaux,
souvent relégué comme un 'tiers secteur' (en référence au marché et à l'État) se
révèle comme premier. Le point de départ est le sentiment qu'il n'est pas possible de
comprendre la société en partant du marché ou de l'État, et qu'il faut au contraire
comprendre ces deux instances comme émanant d'elle. Vous êtes, ici, parti des
problèmes de ceux que vous avez rencontrés dans votre mission religieuse pour les aider
en leur révélant à eux-mêmes leur capacité propre à les résoudre.
[
]
On ne saurait mieux dire que le développement ne se décrète pas, qu'il ne s'épuise
pas, ne se résume pas à des pourcentages d'APD par rapport au PIB, à des allègements
de dette, à des investissements de croissance mais que la lutte contre la pauvreté a,
tout autant, une dimension éthique, celle de la solidarité. Cette dimension éthique,
cette solidarité elle sont, en premier lieu, au Cameroun même ; elles sont dans la
propre volonté d'une société à s'inscrire dans une construction respectueuse de la
personne humaine et du partage des biens de la croissance.
Une
commission pour la mondialisation :
La
commission Jeunes qui a été lancée au mois d'octobre dernier a pour objectif de
faciliter l'accès des jeunes au projet de promotion humaine de Tokombéré..
Elle
est ouverte à tous les jeunes qui souhaitent mieux connaître le projet et les
différentes associations, pour s'impliquer davantage.
Elle
a pour ambition de fédérer les initiatives des jeunes, notamment ceux de l'A.M.J.T. et
ceux du groupe des Jeunes Professionnels de Sr Germain, et de créer des réseaux de
jeunes.
Cette
commission voudrait parler du projet, des hommes et donc des frères de Tokombéré.
Parler d'eux, c'est croire que nous croyons en ce qu'ils font. Nous ne pouvons pas tout
changer, mais par nos échanges, nous pourrons nous connaître, nous enrichir
mutuellement.
Enfin,
nous voulons témoigner d'une autre voie possible pour montrer que mondialisation peut
aussi rimer avec solidarité.