bulletin Intertok  2

mai 2002     

Sommaire :                                                          Bulletins Intertok

À nos lecteurs

Éditorial

Nouvelles de Tokombéré (Christian Aurenche – Paris – 28 avril 2002-05-26

Des livres

24èmes journées sanitaires – Tokombéré, 11 et 12 janvier 2002

Un appel des jeunes de Tok (maîtrise de la sexualité)

Légion d'Honneur

Commission Jeunes d'Intertok

Les pages des associations

Association St Germain des Prés – Tokombéré

Association Tokombéré

École pour la Vie

Association Tokombéré – La Flèche

Artok Paris

À nos lecteurs !

Dans ce bulletin Intertok n°2 , vous retrouverez des informations sur ce qui se vit à Tokombéré et dans les associations fédérées dans Intertok. Mais aussi une amorce de réflexion sur l'avenir du partenariat entre Tokombéré et nos associations. Qui passe, entre autres, par les réseaux d'amitié et de partage (éditorial), par l'intérêt pour la culture africaine (rubrique "des livres")… Après plus de vingt-cinq ans, après l'étape marquée par la remise de la Légion d'Honneur à Christian Aurenche – que nous fêterons le 19 octobre – l'élan est toujours présent.

 

À tous, nous donnons rendez-vous le

samedi 19 octobre 2002

Tokombéré à l'honneur

une étape, un élan

de 14 h à 20 h, à PARIS

(voir en dernière page)

 

Par ailleurs, nous vous signalons une modification de nos adresses Internet :

site web : www.tokombere-partenaires.org

e.mail : contact@tokombere-partenaires.org

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Éditorial

Voilà plus de 25 ans que Christian Aurenche, dans les pas de Baba Simon, œuvre à Tokombéré pour la promotion humaine.

Soutenu par des associations constituées au fil des années et fédérées dans Intertok, c'est un projet marqué par son enracinement dans la durée. Une génération. Les "enfants de Christian Aurenche" sont aujourd'hui des adultes responsables, entreprenants, engagés. Plusieurs ont fondé des entreprises qui leur permettent de vivre tout en participant au développement commun. D'autres terminent des études qui vont leur permettre d'occuper des postes autrefois pourvus par des coopérants français - agronome, médecin - ou de faire face à des besoins jusque-là non couverts : dentiste, vétérinaire, pharmacien, comptable.

Encore un petit effort et le Centre de Promotion Humaine de Tokombéré sera entièrement camerounisé et pourra s'autogérer.

Est-ce à dire que nous serons au terme du chemin à parcourir ensemble ?

Sans doute l'appui financier restera nécessaire: la Fondation Christian Aurenche existe dans ce but. Mais au­-delà ?

Tous ceux de Tokombéré qui sont venus en France - Prosper et Gornet, Victor Eboh et Ladé, Chélié - l'ont dit : "ce qui encourage c'est de voir que nous ne sommes pas seuls sur le chemin". Vont-ils poursuivre seuls ce chemin ?

Tous ceux d'Europe qui sont allés à Tokombéré s'y sont sentis "décapés" d'idées fausses, d'a priori, d'une gangue qui cache l'essentiel. L'expérience de fraternité, de solidarité vécue là-bas nous a fait entrevoir un homme nouveau.

Renoncerons-nous à cet enrichissement mutuel apporté par les échanges culturels, par ces regards croisés, lorsque Christian Aurenche, Nicole Payelle, Grégoire Cador et les sœurs Agnès Franco et Monique François auront des successeurs et que le collège Baba Simon, l'hôpital et la paroisse fonctionneront sans eux ?

L'avenir du partenariat entre les membres des associations et l'équipe du CPH de Tokombéré se jouera dans les amitiés personnelles que chacun d'entre nous aura su tisser.

Communiquons, écrivons, lisons, échangeons des photos. Réfléchissons sur les mêmes thèmes et partageons nos réflexions. Faisons-nous des amis et veillons à entretenir ces amitiés.

Cécile BEAUFILS

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Nouvelles de Tokombéré

Christian Aurenche  - Paris – 28 avril 2002

Faisons ensemble le tour du Projet de Promotion Humaine de Tokombéré (PPHT) ­Chaque secteur d'activité est spécifique et autonome, mais chacun a le même langage, les mêmes stratégies, le même objectif, l'Homme vivant à Tokombéré, en lien avec tous les hommes du monde. Ces lignes sont un appe1 à approfondir notre partenariat.

 

1) à Tokombéré, c'est le temps de la formation de cadres  camerounais, pour l'hôpital, le collège, la maison du paysan, le projet jeunes. Il en est de mê­me pour le projet pastoral, car si le choix des prêtres et des religieuses ne dépend pas de nous, nous avons en charge le choix de collaborateurs, des médecins… le Dr Souleymanou est en place brillamment, le Dr Ndigwa (de Tokombéré) passe sa thèse en 2003 ; J.P. Tada, en pharmacie, J.P. Adou­kara en chirurgie dentaire, A. Ichakjou comme vétérinaire, avancent sérieuse­ment ; un jeune va partir en formation de kinésithérapeute au Togo ; et nous espérons pouvoir faire partir aussi une jeune femme pour les études de sage­-femme. Dans tous les secteurs, des jeunes se forment pour la gestion, pour l'enseignement, à l'université catho1ique de Yaoundé, actuellement dans la région  parisienne, en gestion, pour Mr Chelye. David Mardjo, désormais  ingénieur agronome, doit nous rejoindre, et nous recherchons des animateurs formés pour le projet Jeunes.

C'est le grand espoir du PPHT que de voir tous ces jeunes, issus de Tokombéré s'engager à servir leurs Frères. C'est aussi un risque. "Resteront-ils avec nous?" "Pourrons-nous les rémunérer  correctement?" "Le projet se pérenne­nisera-t-i1?" Nous découvrons à Tok ce que nos partenaires connaissent bien, la mobilité du personnel, la nécessité d'une juste rétribution, la fragilité d'un engagement, la difficulté de conjuguer tout cela avec la notion de service dans un contexte de grande pauvreté.

Au Cameroun, comme ailleurs, pour certains, c'est le règne de l'argent-roi ; on entend même certains dire "je vaux tant". Or le Projet reste celui de la promotion humaine d'un peuple longtemps marginalisé, en plein éveil, respon­sable et engagé, aux innombrables besoins, et pauvre.

 

2) C'est aussi le temps de réfléchir à la poursuite du projet, dans toutes ses dimensions. Notre politique de formation porte ses fruits. Il faut penser à l'avenir de ses équipes dirigeantes. Comment concilier la promotion des plus pauvres, avec des objectifs très précis, le passage de responsabilités à des jeunes issus du projet mais en butte à d'innombrables pressions pour 1es détourner vers la fonction publique ou des emplois plus lucratifs auxquels ils peuvent prétendre? N'oublions pas la corruption très répandue, et la dépendance de 60% des ONG vis-à-vis de l'étranger, avec des salaires, temporaires certes, mais élevés. C'est pourquoi germe peu à peu l'idée d'un Comité de liaison entre Tok et ses partenaires des associations ; comme  un regard sur le Projet, pour le maintien des objectifs, en particulier le souci des plus pauvres, et pour une saine gestion de chaque service.

 

3) Le Projet grandit. Le Collège est très reconnu, par ses bons résultats et sa ligne pédagogique, où les passerelles assurent une espérance réelle pour ceux qui vivent dans les zones rurales ; la salle informatique est nécessaire pour l'avenir, tant pour les élèves que pour les professeurs ; les inscriptions nombreuses des enfants de Tokombéré, malgré un taux de scolarité faible, exigent la cohérence de l'équipe des enseignants.

La Maison du Paysan, en attente d'une direction, a maintenu ses principaux objectifs : la sécurité alimentaire assurée par les banques de produits alimentaires ; la formation permanente des paysans dans le domaine de la protection des sols et de l'environnement des techniques de l'élevage… Le partenariat avec le milieu paysan se joue avec la relève du GAMTOK (le groupement des agriculteurs modernes de Tok) et ses 80 groupes. La Maison du Paysan participe avec succès aux foires agricoles du Nord du Cameroun. Il nous faut penser à créer en Europe un partenariat sérieux pour le projet agricole qui n'a pas de ressources à long terme, et qui est le pivot de l'ensemble du Projet Tok en milieu rural.

Le Centre de Promotion de la santé de Tok (CPS) voit ses acquis se confirmer. Surveillance de 85% des enfants de 0 à 5 ans, des femmes enceintes à 80%, couverture vaccinale avec les 6 antigènes du PEV (programme élargi de vaccination) qui écarte la crainte d'épidémies ; engagement du Centre dans la lutte contre le Sida, sensibilisation, conseils et suivis des malades, soins pour les maladies opportunistes, et bientôt, si nous en avons les moyens financiers, soins et suivis des bébés de mamans séropositives et des malades du sida, mais n'ayant pas les moyens financiers d'accès aux médicaments (existants pourtant au Cameroun). L'Hôpital a signé un protocole d'accord avec le Ministère de la santé publique pour sa reconnaissance comme hôpital de référence dans le district de santé de Tokombéré. Ce qui nous aidera sur le plan du recrutement du personn­el et, nous l'espérons sur le plan financier.

Le projet Jeunes brille toujours par son organisation, la publication de Kudumbar (il faut d'autres abonnés pour tourner financièrement), le dé­roulement excellent de son rassemblement de saison des pluies (cette année avec le thème de la Paroisse, "choisis la vie" (Dt 30,19). Toute l'année a été dominée par une grande réflexion avec les Parents sur la Maîtrise de soi, mais il y a encore un grand travail à faire dans le domaine de 1a vidéo, de la bibliothèque et de la lecture... tout ceci exigeant la recherche et l'engagement d'un permanent salarié compétent. Le FJT, les mini-foyers fonctionnent bien, les sarés sont des lieux exemplaires d'éducation à la vie en société.

La Promotion féminine poursuit son chemin aussi. Sessions pour jeunes filles n'ayant pas été à l'école, formation des femmes à un bon niveau de couture mais reste le problème des animatrices qui restent très difficiles à trouver en raison de la présence des ONG qui paient.

À la lisière de tous les projets, fruits aussi de l'annonce de l'évangile

Le projet des "Petites entreprises". C'est un poste très important, et préoccupant car nécessitant des moyens et un fort encadrement. Ce sont des jeunes de Tok qui s'engagent à créer sur place des petits postes de travail ; il faut les aider à se lancer et les suivre sur le plan de la gestion (nous avons recruté pour eux un gestionnaire),  pour la critique  des innovations… afin de créer ce réseau socio-économique qui sous-tend la vie d'une société.

Ces entreprises sont nombreuses, parfois prospères, toujours modestes et fragiles. Commerces, garage, menuiserie, vannerie, artisanat,  boulangerie, entreprises de construction, entreprise électrique, hôtel-restaurant… Et toutes les petites fermes qu'il faut développer : achat de terre, achat de matériel agricole, de bétail, création d'un circuit vétérinaire... penser à la gestion, à la commercialisation... beaucoup à faire. Mais sans ce retour des jeunes à Tok, pas d'espoir de relève et pas d'espoir pour la vie. Il faut bien noter que beaucoup de jeunes, en particulier du collège, se positionnent.

Le projet pastoral est le fondement de tout. Par Baba Simon, l'évangile est venu, cette bonne nouvelle a fait germer la vie nouvelle. Ce sera le sujet de la réunion de printemps de l'Association St Germain des Prés – Tokombéré le 15 avril à Paris.

La bonne nouvelle est pour tous, pour féconder la vie de tous, pour greffer sur les forces vitales de chacun cette sève qu'est l'amour fraternel et l'enracinement en Dieu. Toute religion, tout chemin politique ou philosophique est renouvelé pour lui permettre d'aller au bout de lui-même. Ce sont ainsi les rameaux de la promotion humaine qui fleurissent à Tok.

La communauté chrétienne se fortifie ; les appels au baptême par les communautés en sont l'expression.  Sérieux, prudence, clairvoyance, critique et autorité sont là. Il y a moins d'appelés cette année, 70, mais des couples, des grands jeunes, quelques anciens bien fidèles...

Nous voyons se dégager des couples responsables, éclairés, entourés de belles familles, acceptant de prendre peu à peu la charge de l'évangile. Les maria­ges et les baptêmes des petits enfants se font plus souvent dans les communautés.

Il est clair qu'il faut un accompagnement plus serré et permanent. Se pose le problème de lieux d'implantation permanents plus proches des gens, de Responsables permanents...

 

4) Voilà posées des questions, nos espérances et inquiétudes. Par Intertok, chacun de vous est introduit dans ce partenariat global. Chacun, engagé dans son secteur, ne doit pas ignorer le tout, la promotion de l'Homme, et donc doit s'efforcer de connaître l'ensemble, et de trouver des idées, des projets, des moyens pour chaque secteur et pour l'ensemble.

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Des livres

 

 

À la rencontre des Kapsiki du Nord-Cameroun

Regard d'un missionnaire d'après Vatican II

 

Père Christian Duriez
ISBN 2-84586-249-0
192 Pages - 02/02

Prix : 19,50 Euros

 

A quelque 100 km au sud de Tokombéré, s'étend le pays kapsiki ; ses dykes volcaniques sont célèbres... Mais il faut entrer dans ce pays et rencontrer les Margui qui y vivent, il faut rester longtemps pour qu'une véritable connivence s'établisse peu à peu entre les gens et celui qui est tombé amoureux de ce terroir. C'est ce qu'a fait Christian Duriez, missionnaire en pays kapsiki de 1960 à 1980.

 

Mais ce livre n'est pas neutre ! Il fait davantage que décrire une expérience. Dans le diocèse de Maroua-Mokolo, une réflexion s'est bâtie depuis longtemps sur les conditions d'une vraie  rencontre entre l'Évangile et les habitants. Comme à Tokombéré, le quotidien se charge de désenchanter la vie dans les monts Mandara. Cette terre, riche de sa diversité ethnique et de ses coutumes, aura-t-elle assez de vitalité pour intégrer le monde moderne qui arrive ? L'Évangile aidera-t-il les jeunes kapsiki dans ce difficile passage ? Et l'Église, quel sera son visage au Nord-Cameroun : le visage d'un nouveau pouvoir, ou celui du service fraternel, tel que l'a rêvé le Concile Vatican 2 ? Ce livre, en décrivant une pratique missionnaire bien répandue dans le diocèse de Maroua, apporte des éléments de réponse.

 

 

 

 

Crinières d’ébène

 

Véronique et Stéphane Bigo
Préface de Jean-Louis Gouraud

 

Éditions BELIN

 

© 2001, 17 x 23,7 cm, 256 pages, nombreuses illustrations couleurs, ISBN 2-7011-3090-5

 

Prix : 14,95 Euros

 

Un périple à cheval de Douala à Maroua, en passant par Tokombéré.

Ce livre est une formidable introduction à la culture africaine. À travers l’anecdote (Le gendarme qui demande interloqué : "où sont vos véhicules ?"), les grands exposés du Lamido de Banyo ("Mon pouvoir a quelque chose de sacré. Je suis investi d’une force qui bénéficie à tous mes sujets.") ou les solutions au problème africain du père Aurenche ("Nous devons faire le pari de l’humain dans l’autre."), ce récit offre au lecteur une fresque émouvante et colorée de l’Afrique.

À coup sûr, il deviendra un ouvrage de référence, aussi bien pour ceux que les voyages au long cours font rêver, que pour tous ceux que l’Afrique interpelle.

 

J’ai un goût profond pour l’Afrique.

J’y ai rencontré l’hospitalité du chef, la sagesse de l’ancien, le respect du plus jeune. J’y ai trouvé plus qu’ailleurs cette pulsion d’humanité, terreau de solidarité, capable de réparer un moteur en pleine brousse ou d’offrir un enfant à la femme stérile.

C’est le seul endroit du monde où je n’ai jamais rien payé mais toujours échangé des cadeaux.

J’y ai trouvé ce que les chevaux m’avaient déjà appris, un temps qui passe comme passe le soleil.

Mais surtout, surtout, j’ai découvert ce grand rire à fleur de dents, embusqué derrière toutes les situations, derrière toutes les tensions. Ce grand rire chevillé à l’âme, toujours prêt à jaillir, sans limite, fécond, bienfaisant comme une pluie libératrice.

J’y ai rencontré des hommes de foi, des hommes de justice, des hommes de vérité.

Et aussi cette mesure dans la démesure, apanage de ceux qui souffrent mais qui portent en eux l’espérance, comme une torche de vie.

Stéphane Bigo

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Le regard sur la personne malade

24èmes Journées Sanitaires

Tokombéré, 11 et 12 janvier 2002

plus de détails : voir compte-rendu des Journées Sanitaires

Cette rencontre a rassemblé environ 350 personnes de l'arrondissement qui se sont engagées à venir réfléchir sur le thème 'le regard sur la personne malade"

Introduction par le Père Christian Aurenche

[…] Nous avons à réfléchir sur la question des soins aux malades, non pas sur la technique, mais sur les choix à faire devant ces malades, nos conduites devant nos parents malades. […]

[…] Déjà, vous le savez, ensemble vous et nous, nous avons beaucoup fait pour la santé. […] Grâce à votre regard sur le village et à votre participation aux diverses réunions, nous surveillons bien l'état de santé de vos villages. Votre collaboration à ce travail de santé est d'ailleurs totalement normale, car c'est de votre santé et de celle de vos enfants qu'il s'agit. Mais de gros nuages apparaissent à l'horizon.

Nous voyons que nous regardons mal ceux qui sont malades parmi nous ; trop tard, pas d'argent, alors on ne fait rien ; les choix d'autres traitements plus chers qu'à l'hôpital, mais traditionnels, l'achat des médicaments aux marchés, avec le risque d'accident.

Or, nous avons de quoi éviter, et soigner sinon guérir. […]

Pendant ces deux jours, […] je vous invite à réfléchir ensemble sur ces questions. Pourquoi de très nombreux enfants morts à l'hôpital pendant cette saison de pluies ? Pourquoi ces difficultés à faire les transfusions de sang ? Pourquoi n'avons-nous pas d'argent pour les traitements des vieux ? Avons-nous réfléchi en famille, en communauté, en comité de santé au choix de tel ou tel traitement, sur le coût des traditionnels, sur le danger des médicaments acheté au village, sur le temps perdu  avec les poussins. […]

 

P. Tetkoï  : Qu'est-ce qu'une personne malade pour nous ?

[…] Qu'est ce qu'un homme malade pour moi ? Est-ce celui qui gémit déjà dans le lit ? Est-ce celui qui est prêt à être enterré ? Est-ce celui qui a un ventre ouvert sur la table d'opération?

Ou alors celui qui est exposé à un état de maladie incurable grave avec toutes les complications ?

La manière dont nous concevons la personne malade varie d'un individu à l'autre, d'une région à l'autre ou encore d'une culture à une autre. Par exemple ; dans la vie de tous les jours, une plaie est sans importance alors qu'en médecine, ça peut être grave, puisqu'elle  constitue la porte d'entrée aux microbes. En médecine la grossesse n'est pas une maladie alors que dans certaines cultures, elle est une maladie grave car son issue est incertaine. Vous voyez, le problème se trouve entre le début de la maladie et le stade des complications. C'est la manière dont peut évoluer une maladie qui modifie notre regard sur la personne malade. […]

 

Lade : Que faisons-nous lorsqu'un membre de notre famille est malade ?

Depuis un certain temps, nous constatons un grand problème de regard sur la personne malade dans nos villages. Nous n’amenons nos gens à l’hôpital que quand ils sont mourants, dans un état inquiétant ou quand la maladie s’est compliquée. […]

A ce retard à l’hôpital en cas de maladie, s’ajoutent d’autres situations :

- le manque de volontaires pour l’accompagnement à l’hôpital. […]

- le manque de matériel pour la nourriture à l’hôpital,  le manque de l’argent pour la participation aux soins médicaux etc..

[…]

 

 

Une personne Malade, c'est :

- l’irresponsable (qui ne s’occupe pas de sa famille, mariage précoce, grossesse rapprochés)

-   le manque d’éducation (éducation des enfants)

-   le pauvre

-   le manque de solidarité

-   l’isolement

-   le manque d’entente dans la famille

-   la mauvaise gestion (celui qui gère mal l’argent, les récoltes, la famille)

-   le mal organisé (famille nombreuse)

-   la famine (manque de mil, mauvaise récoltes, manque de terre)

-   le paresseux

-   celui qui refuse la prévention et le suivi (PMI, CPN, vaccination)

-   manque de la foi

-   vagabondage sexuel

-   le voleur

-   le manque d’hygiène (boire de l’eau sale)

 

 

 

Dr Souleymanou : Le projet Tokombéré […] nous aide-il à mieux réfléchir sur la personne malade ?

Comme vous le savez, le Projet Tokombéré est né à partir du projet santé (hôpital). C'est-à-dire à partir du regard et de la réflexion sur la personne malade, du moins la personne malade dont l'état nécessite l'internement à l'hôpital. Pourtant une personne malade n'est pas forcément celle qui est dans un lit d'hôpital, ou celle qui présente certains signes tels que la fièvre, la diarrhée ou une infirmité etc.. Une personne malade peut aussi  être celle qui a un problème social, économique, moral ou spirituel. Par exemple : un chef de famille qui a fait une très mauvaise récolte à la fin de la saison est une personne malade tout comme un autre chef de famille qui n'a pas un champ. Une famille qui n'a pas un grenier de l'enfant au mois d'août est malade, etc.

C'est pour résoudre tous ces problèmes de la personne malade et de la santé au sens large du terme, comme étant l'expression du bien être physique, mental, social et spirituel et non l'absence de maladies que le Projet Tokombéré a créé les outils tels le projet agricole (Maison du paysan), la promotion féminine, le projet éducatif, l'alphabétisation, l'hôpital etc..

[…]

- Le projet agricole par la Maison du Paysan nous aide à mieux regarder et à réfléchir sur les malades de malnutrition (surtout les enfants) et ceux victimes de l'insécurité alimentaire, qui sont à la fois des enfants et des adultes.

- La promotion féminine quant à elle par les animations qu'elle dispense à nos mères, femmes et sœurs les aident à mieux suivre nos enfants et nos femmes enceintes à la PMI et à la CPN ; avant que les enfants ne soient gravement atteints par la MPC et pour que la grossesse et le nombre d'enfants ne constituent plus une maladie  pour nos femmes et nos sœurs.

[…]

Voilà quelques exemples sur comment certains outils du Projet Tokombéré peuvent élargir notre regard sur la personne malade en dehors du projet santé. Comme vous le constatez, l'amélioration et l'élargissement de notre regard sur la personne malade et sur notre santé passent obligatoirement par l'utilisation, à des bonnes fins, de l'ensemble des structures du Projet Tokombéré mis à notre disposition.

[…]

 

 

PROMOTION FEMININE

- apprentissage de petits métiers (arts, broderies)

- formation aux soins de santé primaire au village

- sensibilisation sur le grenier de l'enfant

- sensibilisation sur la stabilisation de couples

- assure un revenu à la famille pour couvrir les autres besoins (santé, école, habillement)

- esprit d'initiative et d'association sur une disponibilité sans faille, sur votre générosité contagieuse, une générosité qui appelle elle-même le don ; ce succès repose encore sur un certain nombre d'idées fortes

- apprentissage de l'usage des plantes médicinales pour les 1er soins dans la famille avant d'arriver à l'hôpital.

 

Problème

- elle est peu active dans certains secteurs (2, 3)

- manque de sensibilisation

 

 


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Un appel des Jeunes de TOK

PAROISSE SAINT JOSEPH DE TOKOMBERE

PROJET -JEUNES DE TOKOMBERE

 

Tokombéré, le 07 Octobre 2001

Lettre ouverte à tous nos parents et aînés

à propos de la maîtrise de la sexualité

 

Chers parents,

Nous, jeunes de Tokombéré, nous sommes vos enfants et nous avons l'honneur et la joie de venir auprès de vous par le biais de cette lettre, pour vous présenter le travail que nous avons effectué du 05 au 07 octobre au cours d'une session qui rassemblait 230 jeunes, catholiques, protestants, musulmans, adventistes, apostoliques et adeptes de la religion traditionnelle, au collège Baba Simon.

Ensemble, nous avons réfléchi sur le thème: "Maîtriser son affectivité".

Au terme de cette rencontre, nous avons compris que la sexualité est l'un des plus beaux cadeaux que Dieu a fait à l'homme. Nous savons aussi qu'avoir un copain ou une copine n'oblige pas à avoir des relations sexuelles, mais permet de partager les nouvelles idées. Mais nous savons aussi que nous devons faire très attention pour ne pas être trompés par l'attrait du rapprochement des sexes. Dieu, en effet, nous a donné les sexes pour édifier notre avenir et non pas pour s'amuser avec.

Nous savons que nos devoirs ne se limitent pas à cela et qu'il nous faut aussi respecter nos parents et leur obéir. Nous avons à les aider dans les travaux champêtres et à faire tout pour leur apporter de bons résultats en fin d'année scolaire. Nous voulons aussi être vrais, honnêtes et attentifs aux conseils reçus.

Nous avons bien compris que la sexualité n'est pas seulement une affaire de jeunes. Tout homme et toute femme vit sa sexualité. C'est pourquoi, pour mieux nous maîtriser, nous avons besoin de votre soutien de tous les jours.

Ainsi, nous vous demandons d'intensifier le dialogue avec nous par des conseils ou réunions de familles et de ne pas vous contenter de nous jeter des conseils quand vous êtes énervés ou fatigués ou bien seulement quand nous faisons des bêtises.

Éduquez-nous et n'ayez pas peur de nous parler de la sexualité en famille, dès le bas-âge et plus encore au moment de la puberté qui est un moment de découverte difficile pour nous... .

Ne nous abandonnez pas quand nous avons commis un mauvais acte, mais aidez-nous à nous relever .

Donnez à vos enfants la possibilité de participer à des rencontres éducatives, des débats, des conférences.

Soyez pour nous un soutien moral, spirituel et financier afin que nous puissions subvenir à nos besoins sans avoir besoin de chercher à résoudre nos problèmes n'importe où et n'importe comment. Ne nous conduisez-pas à la prostitution ou à la débauche par le manque d'encadrement.

Aidez-nous à ne plus jamais avoir besoin ou envie de recourir à l'avortement, au suicide et à la fuite pour sortir de nos problèmes:..

Expliquez-nous la tradition et aidez-nous à la comprendre et à la faire connaître pour que nous évitions de la négliger. Aidez-nous aussi à la faire évoluer face aux questions nouvelles du monde moderne.

Nous vous demandons aussi de respecter les droits de vos enfants, particulièrement la liberté dans le mariage en évitant les mariages forcés et les dots abusives.

Soyez des exemples et des modèles à suivre pour nous. Apprenez-nous à éviter la consommation abusive d'alcool et les sorties nocturnes. non prévues et répétées... Apprenez-nous à limiter et à réglementer nos comportements et notre manière de nous habiller pour éviter le racolage et les mauvaises fréquentations.

Nous aimerions pouvoir avoir des débats avec vous sur les questions suivantes :

- Responsabilité et irresponsabilité.

- La tradition face au monde moderne.

- Le planning familial.

- Comment gérer sa vie.

- L'alcoolisme.

- Attitudes à adopter face à une grossesse indésirée.

- Attitudes à adopter face à une personne atteinte du sida.

Si nous avons jugé bon de vous écrire à la fin de notre travail, c'est dans le but de maintenir avec vous des relations parfaites nous permettant de mener une vie exemplaire fondée sur nos coutumes et l'accueil intelligent des bonnes choses du monde moderne. Aidez-nous à trouver un sens à donner à notre vie. ..

Nous savons bien que cela n'est possible qu'au prix d'efforts durement consentis par vous et par nous, ensemble. ..

Chers parents, comptant sur votre bonne compréhension pour relever les défis des temps -nouveaux, nous vous redisons toute notre gratitude. ..

 

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Légion d'Honneur

plus de détails : cliquez ici

Le 12 janvier dernier, l'Ambassadeur de France au  Cameroun remettait au Père Christian AURENCHE les insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur.

Le 19 octobre prochain, nous fêterons cette distinction au cours d'une rencontre Intertok.

Voici quelques extraits de l'allocution prononcée par l'Ambassadeur de France le 12 janvier.

 

[…] Né un jour de déclaration de guerre, vous atteignez le Cameroun un jour d'armistice [11 novembre 1975].... En territoire muyang, Tokombéré s'appelle aussi Kudumbar. Dans la langue des zoulgo, Kudumbar signifie le champ de bataille, le lieu des combats... Quelle histoire !!!!

Vous étiez déjà venu à Tokombéré en 1965 pour le remplacement provisoire d'une consœur, elle aussi médecin et religieuse, Huguette Perrin. A côté, mais non en marge d'autres fonctions ecclésiales, vous vous attelez aussitôt à la mise en place à Tokombéré d'un projet de promotion humaine: vingt sept ans plus tard, ce projet continue et se développe.

De l'hôpital de brousse, modeste infrastructure sanitaire fondée en 1958 par un médecin suisse, le Docteur Giuseppe Maggi vous avez fait, en effet, un projet global de développement : son ambition, à la fois simple et immense, est de permettre aux personnes et aux hommes de ce pays, de mieux vivre, de vivre debout pour reprendre l'une de vos expressions qui le résume le mieux.

Au bénéfice des populations rurales de cette région, dans le respect de leur identité et de leurs croyances, vous avez successivement transformé l'Hôpital de Brousse en un Centre médical qui fait des villageois eux-mêmes les premiers agents de leur santé. Meneur d'hommes, par votre impulsion et la force de votre conviction, vous avez en même temps créé le dynamisme d'un développement communautaire, dynamisme qui ne s'est jamais démenti. Après un projet agricole, en 1987, ont suivi foyers de jeunes, centres de promotion féminine, le Collège Baba Simon, une Maison du paysan. Qu'il s'agisse de la santé, de la nutrition, de la responsabilité, votre action a été menée de concert avec des populations qui vous soutiennent d'un engagement réel, inscrit dans la durée. Cet engagement se traduit aujourd'hui hors de Tokombéré par les sarés où les étudiants issus de cette zone conduisent, à Yaoundé d'ailleurs, leurs études universitaires dans le respect de leurs traditions communautaire. […]

[…] Tout cela vous amène à mettre en oeuvre des techniques : gagner la confiance, écouter des autres avant tout, prendre du temps pour découvrir une réalité complexe et rencontrer les gens, mettre en oeuvre la prévention pour la santé ou la sécurité alimentaire, avec les greniers villageois, avec cette préoccupation constante d'affirmer l'équation : responsabilité = dignité. […]

[…] Un de vos excellents confrères de Yaoundé, le Père Jacques Fédry, jésuite, […] m'a remis la semaine dernière le tiré à part d'un de ses articles consacré à l'énigme du don : On a voulu nous faire croire que l'homme n'a qu'un unique mobile en tout ce qu'il fait : l'appât du gain, l'intérêt, le pouvoir. Or, ceci ne peut expliquer toutes les manifestations de l'homme qui donne. J'extrais encore de cet article le passage suivant pour souligner: l'importance de ce qui, dans notre société actuelle, circule en passant par le don, c'est-à-dire en échappant aux procédures du marché, aussi bien qu'à la redistribution étatique. Ce domaine des réseaux sociaux, souvent relégué comme un 'tiers secteur' (en référence au marché et à l'État) se révèle comme premier. Le point de départ est le sentiment qu'il n'est pas possible de comprendre la société en partant du marché ou de l'État, et qu'il faut au contraire comprendre ces deux instances comme émanant d'elle. Vous êtes, ici, parti des problèmes de ceux que vous avez rencontrés dans votre mission religieuse pour les aider en leur révélant à eux-mêmes leur capacité propre à les résoudre.

[…] On ne saurait mieux dire que le développement ne se décrète pas, qu'il ne s'épuise pas, ne se résume pas à des pourcentages d'APD par rapport au PIB, à des allègements de dette, à des investissements de croissance mais que la lutte contre la pauvreté a, tout autant, une dimension éthique, celle de la solidarité. Cette dimension éthique, cette solidarité elle sont, en premier lieu, au Cameroun même ; elles sont dans la propre volonté d'une société à s'inscrire dans une construction respectueuse de la personne humaine et du partage des biens de la croissance.

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Commission Jeunes d'Intertok

Une commission pour la mondialisation :

La commission Jeunes qui a été lancée au mois d'octobre dernier a pour objectif de faciliter l'accès des jeunes au projet de promotion humaine de Tokombéré..

Elle est ouverte à tous les jeunes qui souhaitent mieux connaître le projet et les différentes associations, pour s'impliquer davantage.

Elle a pour ambition de fédérer les initiatives des jeunes, notamment ceux de l'A.M.J.T. et ceux du groupe des Jeunes Professionnels de Sr Germain, et de créer des réseaux de jeunes.

Cette commission voudrait parler du projet, des hommes et donc des frères de Tokombéré. Parler d'eux, c'est croire que nous croyons en ce qu'ils font. Nous ne pouvons pas tout changer, mais par nos échanges, nous pourrons nous connaître, nous enrichir mutuellement.

Enfin, nous voulons témoigner d'une autre voie possible pour montrer que mondialisation peut aussi rimer avec solidarité.

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