


LE PROJET TOKOMBÉRÉ
Edition Avril 2005
SOMMAIRE
PRÉAMBULE page
3
CONTEXTE
GÉOGRAPHIQUE ET SOCIO-ÉCONOMIQUE page 4
I. Situation géographique et administrative
II. Situation socio-économique
GENÈSE DU PROJET
TOKOMBÉRÉ page 5
ORGANISATION GÉNÉRALE
DU PROJET page 7
LE PROJET SANTÉ DE
TOKOMBÉRÉ page 8
I. ORIENTATIONS ET STRUCTURES À PARTIR DE 1975
II. L’HÔPITAL page 9
II.1 Situation juridique et organisation
II.2 Les services
II.3 Le personnel
III. LES SOINS DE SANTÉ PRIMAIRES (SSP) page 11
III.1 La protection maternelle et infantile (PMI)
III.2 Le Projet prénatal
III.3 Le Projet nutrition
III.4 L’Action Santé Scolaire
IV. BILAN DES ACTIVITÉS SANTÉ page 18
AUTRES SECTEURS D'ACTIVITÉ page
19
I. LE PROJET AGRICOLE
II. LE PROJET JEUNES
III. LE PROJET PROMOTION FÉMININE
IV LE PROJET ALPHABÉTISATION
V. LA JEUNE CHAMBRE ECONOMIQUE DE TOKOMBÉRÉ (JCET)
CONCLUSION page
27
Annexe
1 : Compte rendu des Journées Sanitaires 2004
Annexe
2 : Bilan des activités santé Année 2004
Annexe
3 : Bilan dépistage et prévention SIDA Année 2004
PRÉAMBULE
Le Projet Tokombéré, projet
de développement et de promotion de l’homme aura bientôt 30 ans. Le but de ce
document est d’en rappeler la genèse, d’en décrire les grandes lignes, et de
faire le point sur le développement de ses différentes composantes. Nous
souhaitons qu’il permette au lecteur d’en comprendre le fonctionnement et les
perspectives et aussi de percevoir les attentes et les richesses de nos frères
de Tokombéré.
Il donne une vue d’ensemble
du projet et contient beaucoup d’informations dont certaines sont appelées à
être actualisées annuellement. C’est pourquoi, il en a été fait un tirage
limité. Les personnes intéressées à en disposer pourront l’obtenir en écrivant
à l’Association Tokombéré[1],
et également le retrouver sur le site Internet d’Intertok[2],
Fédération des Associations partenaires du projet Tokombéré.
Christian
Aurenche, François Beaufils
Février
2005
CONTEXTE GÉOGRAPHIQUE ET SOCIO-ÉCONOMIQUE
I. Situation géographique et
administrative
|
Situé à 50 km au
nord de Maroua, sur l'axe Maroua-Kousseri, Tokombéré est le chef lieu d'un
arrondissement du département du Mayo-Sava (préfecture de Mora), dans la
province de l'Extrême-Nord, s'étendant sur une superficie de 498 km² qui compte
6 cantons. La géomorphologie est constituée d'Ouest en Est de montagnes,
piémonts, plaines et massifs montagneux isolés qui culminent à 1100m. Le climat
est de type sahélien avec 8 mois de saison sèche d'octobre à mai. La
pluviométrie oscille entre 450 à 850mm/an.
II. Contexte socio-économique
|
La
population de l'arrondissement de Tokombéré est estimée aujourd'hui à 90.000
habitants avec une densité moyenne de 170 habitants au km2. Sept ethnies
principales composent les populations des montagnes, appelées les KIRDI du
Nord-Cameroun :
Ø les
Madas, les Zoulgo et les Guemjek à l'Ouest
Ø les
Mouyang et les Ouldémé au Nord
Ø les
Moloko et les Mboko au Sud.
Deux
autres groupes de religion musulmane se trouvent plutôt en plaine (les Foulbés
ou Peulhs) et les Mandara).
Il y a autant de
langues locales que d'ethnies. La population pratique une religion
traditionnelle encore vivante qui structure la vie socio - culturelle. Dans la
plaine, toutes les ethnies se trouvent mêlées avec de nombreuses autres ethnies
venues d'ailleurs (Toupouri, Moundang, Guiziga...). La pratique de la religion
traditionnelle est largement majoritaire. Une partie minoritaire de la
population est chrétienne ou musulmane. La langue véhiculaire la plus utilisée
est le Foulfouldé (langue des Foulbés).
L'habitat, de type dispersé, est composé le plus souvent de cases en
terre avec un toit en tiges de mil et en paille. Chaque ensemble de cases
abrite une famille et forme un SARE. Un ensemble de Sarés forme un village.
L'agriculture
est la ressource principale des populations. Les cultures vivrières sont
constituées principalement de mil ou sorgho, d'arachide, de haricot (le niébé),
et dans une moindre mesure de maïs.
Les cultures de
rente sont dominées par le coton, cultivé en plaine, favorisé par un
encadrement technique, des investissements et la recherche agronomique. Ainsi,
le maraîchage se développe (oignons et légumes). L'élevage est fondé sur les petites
initiatives familiales (poules, chèvres, moutons et parfois bœufs). En plaine,
on rencontre des troupeaux de bœufs.
GENÈSE DU PROJET
TOKOMBÉRÉ
Le
Projet de Promotion Humaine de Tokombéré (PPHT) a commence en 1959, par
la création par BABA SIMON (Simon MPEKE) de la Paroisse Saint Joseph de
Tokombéré, et par le Docteur G MAGGI de l’Hôpital privé de Tokombéré. L’Hôpital
rural, première formation hospitalière de cette région, assure dès le début la
couverture de tout ce qui deviendra l'Arrondissement de Tokombéré, en lien avec
le dispensaire proche de Mayo-Ouldémé.
En 1975, à l'occasion d'un changement de responsable du centre
de santé, l'hôpital est dénommé Centre de Promotion de la Santé (CPS).
Simultanément, se forge au niveau mondial le concept de soins de Santé
primaires (SSP).
Trois principes sont retenus à Tokombéré :
Ø le
premier centre de la santé de la population, c'est son village
Ø le
premier acteur de la santé c'est l'homme et la femme du village, père et mère
de famille dans cette population, chaque jeune, chaque ancien...
Ø le
Centre de santé est le lieu des soins médicaux, et du deuxième échelon
hospitalier, que nécessitent aussi les maladies qui frappent cette population.
C'est aussi un lieu de rencontre, de formation. Le personnel du Centre est
engagé à un double mi-temps : mi-temps au Centre de santé, pour soigner et
former ; mi-temps au village, pour sensibiliser, éduquer, conseiller,
accompagner la population dans ses choix et ses actions de santé. L'infirmier
est alors appelé Agent Itinérant (AI). Il devient le conseiller technique de la
population cible.
Une période de 10 ans s'est alors ouverte
Dès le changement de dénomination, le fonctionnement du Centre
a été modifié. Chacun y travaille à un mi-temps de son gré ; le planning, la
disposition des locaux, l'organigramme, ont été adaptés pour qu'existe une
réelle intégration du CS dans le projet de SSP.
Le personnel a reçu une formation complémentaire : formation à son
rôle d'animateur-santé et d'accompagnateur des communautés villageoises ;
sensibilisation et organisation des populations en comité de santé villageois
(CSV).
L'hôpital en lui-même a peu changé, sauf au niveau du plateau technique,
qui a été renforcé pour lui permettre de jouer le rôle de référence :
laboratoire, radiographie, échographie, ECG... Au niveau du village, les AI ont
entrepris de nombreuses tournées et rencontres dans toutes les communautés qui
le souhaitent pour débattre de questions comme :
Ø qu'est-ce
la santé ?
Ø comment
la protéger ?
Ø quelles
sont nos priorités dans le village ?
Ø comment
couvrir les catégories prioritaires ?
Très vite, les enfants et leurs jeunes mamans sont apparus prioritaires.
Et pour les couvrir, la méthode de la responsabilisation des parents et des
adultes actifs au village, est devenue la base. Ainsi est reconnu un quatrième
principe opératoire : seule une population consciente, responsable et formée
à l'autonomie peut-être en bonne santé. Elle apprend elle-même à analyser
une situation, à la gérer, à proposer des interventions utiles, qu'elle-même
supervise en fonction des objectifs choisis par tous. Elle sait aussi évaluer
ses projets et en lancer de nouveaux. Nous avons alors constaté que plus de la
moitié des situations de maladies du village (en particulier chez les enfants)
pouvait être résolue au village par les villageois eux-mêmes.
Cette longue période fut marquée par la création des Comités de Santé
Villageois (CSV), avec Protection Maternelle et Infantile (PMI), nutrition,
consultation prénatale (CPN), aménagement du village, hygiène et protection de
l'environnement, encadrement des lépreux et des tuberculeux, plus tard des
sidéens... ce qui nécessite la formation de 2 à 3 responsables villageois de la
santé (RVS) pour chaque activité dans chaque village.
Une nouvelle période de 10 ans s'est ouverte, à
l’occasion d'un grand rassemblement qui regroupe désormais chaque année, tous
les responsables. Ce sont les Journées Sanitaires de Tokombéré. Lors de
l’une d’entre elles, un groupe de responsables a posé le problème de la
nutrition des enfants. La création du centre de récupération nutritionnelle ne
leur a pas suffit : “pourquoi nourrir artificiellement (ou même avec des
produits locaux) nos enfants ? Pourquoi ne pas nous apprendre à mieux les
nourrir en cultivant mieux et plus ?” La population est à plus de 90 % rurale !
Ce fut le point de départ du projet agricole de Tokombéré :
maison du Paysan, groupements paysans, Gamtok, banque de céréales et grenier
Nord-Sud, banque d'épargne et de crédit... D'abord dirigé par un, puis
plusieurs ingénieurs agronomes. Les racines nutritionnelles restent le
justificatif de ce projet, qui se développe. On ne cultive pas d'abord pour
gagner, mais pour se nourrir mieux, parfois en gagnant plus.
Puis une question posée à l'équipe de l'hôpital par la conférence
nationale des Evêques du Cameroun sur la santé des jeunes, a fait découvrir au
CPS que la santé des jeunes ne dépend pas d'un CS, mais d'un encadrement des
jeunes qui peut ensuite les orienter au CS. Ainsi est né le projet - jeunes
du CPS de Tokombéré.
Tout naturellement, après les questions sur
la santé, comme sur les jeunes, nous avons été conduits à poser des questions
sur la place de la femme dans notre société, sur son rôle... Ce fut le projet
de promotion féminine, avec stages de jeunes filles, groupes de femmes au
village, et organisation du projet, artisanat...
L'alphabétisation est depuis 20 ans une exigence de toute promotion
humaine, comme le sont les écoles. C'est ainsi que vers 1992 s'est fait sentir
la nécessité d'une organisation au niveau des villages, et d'une coordination
au niveau des structures. Ce fut au village la naissance des comités de vie
villageois (CVV) et au Centre la mise sur pied du Conseil de Promotion Humaine
(CPH).
Centre de Promotion de la Santé, comités de santé villageois,
agents itinérants, protection maternelle et infantile, nutrition, consultation
prénatale, projet agricole, projet jeunes et projet éducatif (écoles primaires,
Collège-Lycée Baba Simon), promotion féminine, alphabétisation, comités de vie
villageois, autant de réalisations qui ont marqué la construction, jamais
achevée, du “ projet Tokombéré”, de son vrai nom projet de Promotion
Humaine de Tokombéré... projet global, pluriel, fondé sur la
responsabilisation d'une population à la prise en charge de ses propres
problèmes, à partir des questions de sa santé, comme l'a universellement
définie, un jour, l'Organisation Mondiale de la Santé.
ORGANISATION GÉNÉRALE
DU PROJET DE PROMOTION HUMAINE DE TOKOMBÉRÉ
(PPHT)
|
Projet de Promotion Humaine de Tokombéré |
|
|
|
Villages |
(CVV, CS, PMI, CPN, nutrition, santé scolaire) |
|
|
► |
Projet Santé |
æ è |
Í Agent itinérant (préventif) Ï |
|
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|
|
Hôpital (curatif) |
(Conseil Hôpital, CEH, CPH) |
||
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|
Villages |
(Gpt
paysans, Gamtok, Banque villageoise, Banque céréales) |
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|
► |
Projet Agricole |
æ è |
Í Agent itinérant Ï |
|
||
|
|
|
|
Maison du Paysan |
(Grenier Nord Sud, encadrement, coordination) |
||
|
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|
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|
|
|
Villages |
(Mini foyer, APE, APEC) |
||
|
► |
Projet Jeunes |
æ è |
Í Agent itinérant Ï |
|
||
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|
|
|
Education |
(CETY, CBS, école primaire catholique Sarés, FJT)
et minifoyers |
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|
|
|
|
|
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|
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|
|
Villages |
(Groupement de femmes, champs communautaires,
ateliers) |
||
|
► |
Projet Promotion Féminine et artisanat |
æ è |
Í Agent itinérant Ï |
|
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|
Maison de la Femme Et Gic-Artok |
(Encadrement, coordination) et vente d'artisanat |
||
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|
► |
Projet Alphabétisation |
|
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LE PROJET SANTE DE
TOKOMBÉRÉ
I. ORIENTATIONS ET STRUCTURES À PARTIR DE 1975
|
Lorsqu'en
1975 il est apparu évident que les soins curatifs ne pouvaient à eux seuls
donner la santé à une population, de nouvelles orientations ont été prises pour
donner à la prévention et à la promotion de la santé une importance qu'elles
n'avaient pas encore. Ceci a modifié l'activité sanitaire dans l'arrondissement
de Tokombéré tant au niveau de l'Hôpital (devenu Centre de Promotion de la
Santé), qu'au niveau du village (devenu le Centre de Gravité de la Santé).
L'Hôpital a modifié ses structures d'accueil, ses méthodes de soins, ses
horaires et ses rythmes. A côté d'un secteur curatif et technique, s'est ouvert
un secteur de formation et de réflexion sur la vie au village, avec les
villageois et le personnel de santé, pour un développement harmonieux, une
maîtrise de l'environnement et une création de mieux être. Le villageois est le
premier agent de la santé, ce qui exige un
engagement de tout le village pour sa santé. Au niveau de l'Hôpital, le
personnel a une double fonction soignante (activité curative) et animatrice
(activité préventive). Pour cette dernière fonction, il se fera appelé Agent
itinérant (AI).
L’Agent Itinérant
II est membre du personnel de l'Hôpital et assure
le lien entre le Centre de Santé et le village. Il travaille à la promotion de
la santé tant au village qu'à l'Hôpital. Il est un accompagnant, un
coordinateur de l'action des comités de santé de son secteur, un conseiller et
un critique technique qui répond à la demande d'un comité. Il supervise les PMI
(Prévention Maternelle et Infantile), les CPN (Consultations Prénatales), les
actions de nutritions, les actions d'assainissement et les campagnes de
vaccination... Il assure lui-même la formation des responsables villageois de
la santé, choisis pour le Comité de Santé (CS). Les AI sont regroupés sous
l'autorité d'un coordinateur des SSP qui supervise l'ensemble du travail.
Le
Comité de Santé (CS)
II rassemble des responsables villageois, bénévoles, choisis par
le village. Il est un organe d'écoute, d'éveil, de transmission, de proposition
et d'échange. Il est constitué de 8 à 10 responsables qui acceptent de se
former, d'animer et de superviser la santé au village dans ses différentes
composantes (PMI et vaccination, CPN, nutrition, action lèpre et
tuberculose...). Il voit de plus en plus de volontaires (écoliers, adultes
alphabétisés, maîtres d'écoles...) s'investir et apporter leur compétence. Le
nombre de responsables formés est passé de 60 en 1979 à 320 en 1997, 546 en
2003 pour tout le secteur couvert par le CPS.
Le Comité de Vie de Village (CVV)
C'est une
nouvelle structure issue de l'évolution du projet. Le CVV rassemble des
notables du village acceptant d'avoir un regard permanent et global sur la vie
du village : ce qui est utile, ce qui est possible, les moyens disponibles. Il
est un bureau composé de 5 à 10 personnes : Président, vice-président,
trésorier, secrétaire, commissaire aux comptes, représentants des diverses
activités au village (groupements paysans, mini-foyers, promotion féminine,
association de parents d'élèves, alphabétisation....). Il se rassemble une fois
par mois pour discuter des problèmes du village (santé, eau, route, famine,
école...). Il supervise aussi l'action des responsables formés dans le domaine
de la santé d'abord, puis dans d'autres domaines. Il envoie des représentants
au Conseil Elargi de l'Hôpital (CEH) et au Conseil de Promotion Humaine (CPH).
Le Conseil Elargi de l’Hôpital (CEH)
II est un lieu de rencontre entre le CPS par
le canal de conseil de l'Hôpital qui regroupe les membres issus de tout le
personnel soignant et les villageois par le canal des membres du CVV. Y sont
discutés les problèmes essentiellement liés à la santé au niveau de l'Hôpital,
ou au niveau des villages. Deux rencontres sont prévues par an autour d'un
thème donné :
Ø travail
de l'AI et questions de santé au village
Ø communication
entre les villages et l'Hôpital
Ø accompagnement
du malade à l'Hôpital et au village
Ø fonctionnement
des CVV...
Le Conseil de Promotion Humaine (CPH)
C'est
une structure de réflexion, dotée d'un bureau, qui rassemble l'ensemble des
partenaires locaux du projet Tokombéré. Comme son nom l'indique, on y réfléchit
autour de la promotion humaine, donc du développement de l'arrondissement en
général. Il réunit tous les acteurs des différentes activités du projet
Tokombéré (santé, agriculture, projet-jeunes, promotion féminine) et les
villageois (CVV, CS). Deux réunions sont prévues par an. Parmi les thèmes
discutés :
Ø naissance
du CPH (1995)
Ø place
de chacun dans le village, en particulier, relations entre jeunes et adultes
Ø scolarisation
et son rôle dans l’évolution de la population
Ø sécurité
alimentaire et gestion des récoltes...
Les Journées Sanitaires
Elles
se tiennent une année sur deux autour d'un thème de la santé presque toujours à
la mi-janvier. Elles regroupent tant les acteurs de santé de l'Hôpital que des
villages et se déroulent en deux jours. Elles réunissent de 800 à 1000
personnes responsables villageois de la santé. C'est une évaluation de ce qui
est fait dans le domaine de la santé : au niveau des activités de PMI,
CPN, nutrition et vaccination, et des activités curatives. Les travaux ont
ainsi porté :
-
en janvier 2000 sur l’aide aux responsables
villageois, les maladies sexuellement transmissibles et le SIDA, la
malnutrition
-
en janvier 2002 sur le regard sur la personne malade
-
en janvier 2004 sur le retard dans la prise en charge
de l’enfant, la transmission mère - enfant du SIDA, le rôle du Comité de Vie de
village.
Les Journées de Promotion Humaine (JPH)
En alternance une année sur deux avec les
Journées Sanitaires, elles regroupent depuis 8 ans toutes les activités du
projet. Le thème est centré ici sur le développement de l’arrondissement de
Tokombéré. Environ mille personnes réfléchissent sur les solutions à apporter
pour résoudre tel ou tel problème socio-économique de la sous-région
(scolarisation, famine). Les JPH, issues des Journées Sanitaires de Tokombéré
dans le cadre du Projet de Promotion Humaine de Tokombéré, sont gérées par le
Secrétariat Général du Projet et le CPH. Longtemps marquées par les questions
de la santé, elles traitent désormais de tout ce qui intéresse
l’Arrondissement, en ce moment en particulier les relations entre jeunes et
adultes.
Les Journées de
Promotion Humaine regroupent tous les responsables villageois à tous les
niveaux et les autorités administratives, religieuses, politiques et
traditionnelles de l'arrondissement.
Voir en Annexe 1
le compte-rendu des Journées 2004.
II. L’HÔPITAL
|
II.1 Situation juridique, organisation et place dans le système
sanitaire
Fondé en 1959, l'Hôpital de Tokombéré fait
partie du Service Catholique de la Santé (SCS), service de la Conférence des
Evêques du Cameroun. L'Evêque du Diocèse de Maroua - Mokolo en est le
responsable.
Hôpital rural de 160 lits, il a au fil des
ans connu des fréquentations croissantes et du adapter ses missions aux besoins
de la population. Si il est intégralement partie prenante des besoins de santé
primaire, il a également été amené à développer ses capacités curatives (2ème
échelon) au fur et à mesure que les populations devenaient capables
d’assurer le premier niveau.
Un centre de santé, dispensaire de premier
échelon, fonctionne au sein du CPS ; il couvre l'aire de santé de Tokombéré 2,
et celle de Mokyo, près de 25 000 personnes. C'est un dispensaire de
consultations des infirmiers qui abrite aussi les consultations des médecins de
l'hôpital.
L'Hôpital
de Tokombéré est une structure confessionnelle sans but lucratif. Une
participation communautaire forfaitaire est demandée. Quels que soient les
soins qui sont donnés, le patient participe avec un montant fixé et cela
pendant deux semaines d'hospitalisation (traitement compris). Ce forfait varie
selon, que le patient appartient ou non à l'Arrondissement couvert par le CPS.
On parle alors de Secteur normal (SN) ou de Hors - Secteur (HS). Mais, quelle
que soit la provenance du malade, l'Hôpital joue son véritable rôle de centre
de référence. Début 2003 l’Hôpital a été reconnu Hôpital de District
par le Gouvernement Camerounais, ce qui modifie profondément le travail.
Hôpital de référence, il a du augmenter son personnel. Il s’efforce de
collaborer avec les structures publiques et voudrait associer les soignants de
ces structures à un véritable travail de santé publique.
L’hôpital est depuis plusieurs années en discussion avec le Ministère de
la Santé pour pouvoir ouvrir un Centre de Traitement Ambulatoire (CTA) pour les
questions que pose le SIDA. Après avoir été reconnu comme centre du Programme
de Transmission du sida de la Mère à l'Enfant (PTME), il est reconnu depuis
2004 comme Unité de prise en charge des malades porteurs du virus et traités
par les médicaments antirétroviraux (ARV), ou UPEC. Il a pu s’engager dans le projet
de Prévention de Transmission Mère Enfant. Il réalise plus de 2000 tests de
dépistage du VIH chaque année. Il lui faut désormais être en mesure de mieux
accueillir tous les demandeurs, poursuivre le suivi qui se fait déjà, et
soigner les malades avec les antirétroviraux tels qu’ils sont maintenant
disponibles.
II.2 Les services
Ils comprennent :
Ø
le dispensaire : à la porte d'entrée de l'Hôpital, il
joue le rôle de l'accueil. Il constitue le 1er échelon où se
font les consultations dirigées par les infirmiers diplômés d'état et
brevetés : consultations pour les adultes, les enfants, les affections
chirurgicales et les femmes enceintes. C'est de là que les malades sont référés
au 2ème échelon, où les médecins consultent.
Ø la
Médecine adulte : 28 lits
Ø la
Pédiatrie : 25 lits
Ø le
Service des maladies contagieuses et tuberculose : 20
Ø la
Chirurgie : 45 lits
Ø
la Maternité : 30 lits
Ø
la
Consultation d'ophtalmologie
Ø le
Centre de récupération nutritionnelle associé au service de Pédiatrie
Ø le
Centre de rééducation fonctionnelle : 10 lits
Ø le
Laboratoire, où sont réalisés :
-
des examens microbiologiques (examens directs des
selles, des urines, du LCR, PCV-PU, GE..., recherche de BK)
-
des tests : Emmel, Rivalta, test de grossesse, Widal,
spermogrammes, HIV, HBs, VDRL, groupage sanguin
-
des explorations biologiques : transaminases, urée,
créatinine, glycémie, hématocrite, hémoglobine, ionogramme, numération formule
sanguine, VS,...
-
grâce à un équipement comprenant une centrifugeuse, 2
microscopes optiques, un appareil d'analyses biochimiques : le Reflotron, un
appareil portable d'analyse glycémique…
Ø
la salle
d'imagerie, équipée :
-
un appareil de
radiographie, avec deux radios mobiles
-
un échographe
-
deux appareils
d'électrocardiographie (ECG)
Ø Une
pharmacie interne à l'Hôpital : elle sert exclusivement pour les prescriptions
médicales des hospitalisés et des patients suivis en ambulatoire.
III.3 Le
personnel
Il
comprend aujourd’hui :
Ø 4
médecins : le médecin chef (actuellement français) et 3 médecins camerounais,
dont le médecin chef du Service de Santé Publique du District
Ø 1
gestionnaire comptable et 3 agents administratifs
Ø 1
assistant chirurgien
Ø 5
infirmiers diplômés d'état
Ø 10
infirmiers brevetés dont 3 brevetés accoucheurs
Ø 14
aides-soignants
Ø 1
technicien de laboratoire et 2 techniciens adjoints
Ø 10
ouvriers d'entretien et gardien
Ø 1
prothésiste
Au
delà des effectifs, le CPS de Tokombéré est attentif à deux enjeux :
Ø d’une
part, développer des compétences dans les domaines encore non complètement
couverts. Dans cette perspective, en 2003, étaient en formation : un
pharmacien, un chirurgien-dentiste, un kinésithérapeute, 2 infirmiers diplômés
d’état, 2 gestionnaires comptables ; étaient également en projet la
formation d’un chirurgien et celle de médecins.
Ø d’autre
part, assurer une “ camerounisation ” progressive du personnel
médical ; mais celle-ci se heurte à la relative instabilité de médecins
qui ne désirent pas s’engager dans le projet au delà de quelques années. Ceci
appelle une réflexion sur les structures les plus adaptées à une pérennisation
du projet.
|
III. LES SOINS DE SANTÉ PRIMAIRE (SSP) |
III.1 La Protection Maternelle et Infantile (PMI)
Dans
les villages, les femmes, confrontées au mauvais état de santé de leurs
enfants, ont longtemps exprimé de manière collective leur volonté d'agir. C'est
pour répondre à leur attente qu'ont été créées les PMI villageoises.
La
création d'une PMI dans un village est une initiative des villageois. L'agent
itinérant de l'Hôpital les aide à exprimer leurs besoins et à construire leur
projet, en concertation avec les autorités du village. Les villageois
construisent la Case Santé, où ne se fait aucun soin, mais où se
déroulent les réunions et les actions préventives. Ce sont des signes de
l'action santé au village. Les villageois élisent parmi eux un ou plusieurs
bénévoles, choisis pour leurs qualités morales ou civiques. Ainsi, la motivation des
villageois est clairement manifestée. Les personnes choisies suivent une
formation et deviennent ensuite responsable PMI du village. L'A.I. supervise la
PMI.
Le responsable
villageois organise les séances : il réunit les familles et invite l'agent
itinérant. Chaque séance débute par une animation répondant à une
préoccupation immédiate du village (conjonctivite de l'enfant, diarrhée...)
avec l'aide éventuelle de l'agent itinérant qui indique quelles sont les
mesures curatives ou préventives simples et concrètes à adopter. La séance se
poursuit par la pesée et l’examen des enfants. La recrudescence des cas
de paludisme, avec leurs mortelles complications que sont l’anémie, la
déshydratation aiguë, associée à la résistance à la chloroquine, pose le
difficile problème de la prévention. Se met en place un service de proposition
de médicaments curatifs au village et de propositions de moustiquaires aux
enfants inscrits en PMI. Souvent une animation est faite sur le sida, et la
PTME.
Chaque
famille cotise pour la PMI et reçoit un carnet santé pour le suivi de son enfant.
La PMI est un lieu d'écoute des problèmes de l'enfant, d'échanges,
d'investissement et de responsabilisation des parents. On l'appelle l'école
des parents.
Leur
nombre est passé de 5 en 1979 à 58 en 1996, 86 en 1997, 97 en 2003. Elles sont
devenues des postes de stratégie avancée. L'ensemble de l'arrondissement est
couvert. Les responsabilités se sont déplacées au sein de la PMI ; assurée
autrefois par les soignants de l'hôpital, puis par l'agent itinérant, la PMI
est désormais prise en charge par le responsable villageois. L'agent itinérant
joue un rôle de conseiller, de médiateur et de superviseur, tandis que le
responsable PMI assume de plus en plus de responsabilités.
Certaines
pathologies de l'enfant, conjonctivite, diarrhée, paludisme etc sont désormais
prévenues au village. L'amélioration de certains chiffres de morbidité
infantile témoigne d'une meilleure prise en charge de la santé des enfants.
La
mise en place des PMI a introduit la santé au village et a suscité l'initiative
des villageois dans d'autres actions de santé et de développement.
L'action
PMI s'inscrit dans un effort continu de promotion de la santé des enfants. Les
responsables PMI mobilisent les familles et collaborent avec les autres
responsables santé du village (prénatal, nutrition, santé scolaire). Sa mission
éducative est primordiale. C'est bien l'école des parents. Ces derniers
apprennent à protéger la santé de leurs enfants. Un nouveau regard se porte sur
l'enfant en bonne santé, permettant son éveil, son développement psychoaffectif
et son épanouissement.
Le Programme Elargi de Vaccinations (PEV), lancé en 1974 par
l'OMS, vise la vaccination du plus grand nombre possible d'enfants contre : la
tuberculose, le tétanos, la diphtérie, la coqueluche, la poliomyélite, la
rougeole. A Tokombéré, la méningite est incluse dans ce programme. Une campagne
de vaccination contre la fièvre jaune est en cours pour les enfants de 0 à 5
ans. A noter qu’au Cameroun la poliomyélite est presque éradiquée.
C'est également la vaccination du plus grand nombre de femmes enceintes
contre le tétanos. Les vaccinations ont toujours été une composante importante
des soins de santé primaire à Tokombéré. Marqué en 1978 par l'ouverture du
Centre permanent de vaccinations, leur champ d'action s'est agrandi en 1979 par
l'organisation de campagnes systématiques qui se sont étendues aux écoles en
1980.
Il existe actuellement 97 centres de
vaccination où sont organisés 3 fois par an (novembre, janvier, mars) des campagnes
pour vacciner les enfants de 0 à 5 ans contre : tuberculose, diphtérie,
tétanos, coqueluche, polio, rougeole et méningite. La vaccination
antiméningitique, se fait chez tous les enfants à partir de l'âge de 1 an, avec
un rappel tous les 2 ans. La tendance à vacciner pendant les séances de PMI
s’accentue.
Des campagnes scolaires sont aussi
organisées 2 fois par an dans toutes les écoles de l'arrondissement (décembre,
janvier). Les écoliers sont vaccinés contre la méningite tous les 2 ans. Ces
vaccinations sont incluses dans la cotisation annuelle payée par les parents
pour la PMI ou par l'élève pour la santé scolaire et sont notées soit sur un
carnet de vaccination acheté lors de la séance, soit sur le carnet de santé de
l'enfant. En 2003, 40 300 vaccinations ont été effectuées. Quatre vingt cinq
pour cent des enfants de 0 à 5 ans ont été bien vaccinés.
III.2 Le Projet prénatal
|
Missions du Village Ø
Assurer les consultations prénatales pour l’ensemble des femmes
enceintes Ø
Dépister les grossesses à haut risque (GHR) devant être référées à la
maternité de l’hôpital Ø
Améliorer la pratique des accouchements normaux Ø Connaître les
mesures d’hygiène et promouvoir la vaccination pour la prévention du tétanos |
|
Missions de la
Maternité
Prendre en charge : Ø
les
femmes enceintes adressées par les matrones de village pour la surveillance
des GHR et la pratique des accouchements dystociques Ø
les femmes enceintes amenées par les dispensaires voisins pour les
mêmes raisons Ø la surveillance des
grossesses et des accouchements pour les femmes n’ayant pas de matrone formée
dans leur village, ainsi que pour les femmes “ hors secteur ”
venant d’elles mêmes |
Lorsqu'en
1976, l'Hôpital, devenu Centre de Promotion de la Santé, s'oriente vers une
action de soins de santé primaire, la maternité décide de collaborer au sein
des villages avec les accoucheurs et les matrones traditionnels, et leur
propose une formation notamment dans le même domaine préventif. En 1978-79,
face au taux préoccupant de la mortalité prénatale, le projet prénatal devient
lui aussi une priorité. Les missions des villages et celles de la maternité
sont bien définies comme l’indique le tableau ci-dessus.
L’équipe
de la maternité
La maternité est supervisée par un médecin et l'équipe comprend 3
infirmiers brevetés accoucheurs, 4 aide soignantes.
Les matrones et accoucheurs traditionnels ; “ les
centres ” de consultations villageois
Pour mettre en place une action prénatale villageoise, un réunion est
organisée par le village avec les autorités : chefs traditionnels, responsables
du comité de santé, agents itinérants du secteur, personnel de la maternité.
Les matrones et accoucheurs de village sont alors choisis par le village : ils
travaillent bénévolement et sont formés par toute l'équipe de la maternité en 2
sessions de 3 jours à plein temps à Tokombéré. Chaque journée compte 3 temps :
théorie, technique et réflexion.
Durant
ces formations, les matrones sont associées à l'activité de la maternité. C'est
également un temps de rencontre entre les matrones des différents villages et
l'équipe de la maternité. Cinquante matrones ou accoucheurs traditionnels
assurent aujourd'hui le fonctionnement de 29 “ centres ” de consultations
prénatales et les accouchements normaux (cf. cahier “ formation des matrones
”). Chaque année, chacun est invité à un recyclage.
La
tendance actuelle est de favoriser les accouchements dans les centres de santé,
là où c’est possible avec un personnel compétent. On est encore loin du compte
et les accoucheurs traditionnels continuent leurs tâches en accentuant leur
fonction de surveillance des grossesses.
La Consultation prénatale au village
Elle se déroule souvent le même jour que la séance de PMI, et débute
toujours par une animation autour d'un thème choisi par l'accoucheur :
accidents domestiques, femmes non suivies, accouchement d'un enfant mort-né,
notion de “ grossesse à risques ”, souvent difficile à faire comprendre et
accepter dans les villages, information sur le SIDA et le programme PTME[3].
Puis, c'est l'examen obstétrical, pratiqué par la matrone dans la case réservée
à cet effet.
La vaccination antitétanique est effectuée. Le tout est inscrit dans un
carnet ainsi que sur des fiches conservées à l'hôpital. Une cotisation est
demandée aux consultantes. Elle couvre une partie des frais d'achat des
médicaments, vaccins, matériel de soin du cordon, remis aux matrones. Il est
précisé que cet argent ne sert pas à payer les matrones qui sont bénévoles,
mais remerciées par les parturientes.
L'Accouchement normal au village
L'accoucheur est appelé au début du travail, surveille son bon
déroulement et pratique l'accouchement. Une fois l'enfant né, les soins du
cordon sont pratiqués selon les rites traditionnels tout en respectant les
règles d'hygiène. Une goutte de citron ou de jus d'oseille est instillée dans
les yeux du bébé pour prévenir les éventuelles infections notamment
gonococciques. L'accoucheur est présent jusqu'à la délivrance. Dans les jours
suivants, il surveille la mère et l'enfant, donne des conseils sur
l'allaitement et sur l'hygiène nécessaire à la bonne santé du nouveau-né. Le
bébé devra recevoir le BCG à la maternité.
Le tableau ci-dessous, portant sur 5 années,
montre qu’entre 1979 et 2003 le programme prénatal a assuré l’accompagnement
d’un nombre croissant de naissances. Dans le même temps, la proportion de
femmes accouchant au village avec un personnel formé a augmenté, alors que
celle des femmes accouchant à l'hôpital diminuait. L'augmentation dans les
villages semble due à l'introduction de nouveaux villages, le nombre
d'accouchements étant stable dans les anciens villages.
Evolution du nombre des accouchements assurés au village et à la
maternité de l’hôpital par le personnel formé
|
Années |
1979 |
1984 |
1989 |
1996 |
2003 |
|
Accouchements en maternité |
375 |
663 |
776 |
848 |
740 |
|
Accouchements au village par des accoucheurs traditionnels formés |
0 |
106 |
199 |
611 |
1099 |
|
Total des accouchements |
375 |
769 |
975 |
1459 |
1839 |
|
Pourcentage village / total |
0 |
16 |
20 |
42 |
59,8 |
Evaluation : réussites et difficultés
L’impact du Projet Prénatal est certain
Certaines données sont encourageantes.
Ainsi, on observe une mobilisation importante sur le secteur prénatal
villageois, avec un accroissement des structures et du personnel formé. Ceci
est un excellent témoin de la prise en charge par les villageois eux-mêmes de
ce secteur. La plupart des femmes ont eu une consultation par trimestre et 70 %
des femmes enceintes sont vaccinées contre le tétanos.
Il subsiste par contre des
difficultés :
Ø
Beaucoup de femmes
et plus encore leurs belles mères se montrent réservées vis à vis des
techniques de l'hôpital. Elles craignent de perdre toutes les coutumes
traditionnelles liées à l'accouchement.
Ø De
même, il est difficile parfois d'obtenir que les femmes suivies pour des
“grossesses à risques ” accouchent à l'hôpital.
Ø Il
subsiste des difficultés administratives et financières pour l'établissement
des actes de naissance car les parents ne viennent pas les chercher.
Ø La
morbidité et la mortalité périnatales restent très élevées.
Dans
les années à venir, l'action se poursuivra dans les villages et l'hôpital
A la
maternité de l’hôpital, il faudrait analyser les causes de morbidité et de
mortalité pour agir préventivement dans les domaines où cela est possible.
Reste que, trop souvent encore, les femmes se présentent à la maternité
tardivement, alors qu’il est trop tard pour agir, voire avec des enfants morts
in utero. C’est dire l’importance du travail d’amont. Aussi, dans les villages,
le projet s’efforce :
Ø d'étendre
le réseau de consultations dans les zones de montagnes, éloignées du centre, là
où les femmes accouchent seules à la case,
Ø de
renforcer le travail de coordination avec les autres secteurs,
Ø d'améliorer
et consolider le travail de formation permanente auprès des accoucheurs
traditionnels et d’approfondir leurs connaissances sur l'espacement des
naissances, afin d'engager avec les villageois une réelle discussion sur ce
sujet.
Le
Projet PTME (Programme de prévention de la Transmission de la Mère à l’Enfant)
Depuis
l’effroyable épidémie de SIDA, le Ministère de la Santé a introduit un vaste
programme de prévention de la transmission du SIDA de la mère à son bébé
(PTME). L’Hôpital privé de Tokombéré a été accepté dans ce programme. La CPN
propose à toutes les parturientes un test VIH compris dans le montant de la
cotisation. Après un début difficile, en particulier à cause des maris, les
femmes acceptent et viennent chercher les résultats. Les rares femmes
séropositives sont alors prises en charge à la maternité et femmes et bébés
vont recevoir la Nivérapine, au moment de la naissance. Malheureusement, nous
n’avons pas encore accès au traitement antirétroviral pour la mère et l’enfant.
Cela ne saurait tarder grâce à notre reconnaissance comme UPEC.
Le
projet de responsabilité parentale
Dans la ligne du
projet du diocèse “ éducation à la vie et à l’amour ”, l’hôpital a
ouvert une consultation pour réfléchir avec les couples aux questions de la
responsabilité parentale et de l’espacement des naissances. C’est un projet
lent et difficile qui répond à bien des demandes, pas toujours facile à
actualiser, qui substitue au planning familial un projet plus libérateur pour
l'humain.
III.3 Le Projet nutrition
Genèse
du projet
La
malnutrition reste un problème majeur dans l'arrondissement de Tokombéré. Elle
est surtout globale, de type marasme, et a des conséquences
catastrophiques pour le pronostic vital à court terme et le développement
psychomoteur ultérieur. A côté des causes
classiques, sevrage tardif, manque d'hygiène, naissances rapprochées, de
multiples facteurs, pour la plupart interdépendants, entrent largement en ligne
de compte :
Ø
la sécheresse, quasi endémique depuis 1972, entraînant une
raréfaction de l'eau
Ø
l'insuffisante
production des cultures vivrières, gravement perturbée par la sécheresse et fortement
lésée par un facteur migratoire des populations traditionnellement
montagnardes. Venues s'installer en plaine pour des impératifs économiques et
démographiques, ces populations parviennent plus difficilement à maîtriser leur
environnement
Ø l'archaïsme
des techniques et la mauvaise gestion des récoltes
Ø
les
problèmes fonciers
Ø la
désorganisation de la famille : les exigences de la vie
moderne, la dispersion des familles et la scolarisation des enfants,
contribuent à accroître l'instabilité des familles, ce qui retentit sur le
développement et l'éducation des enfants.
Tous ces
problèmes socioculturels et liés à l'environnement ne seront, bien entendu, pas
réglés par les soins curatifs dispensés à l'hôpital. Les solutions se trouvent
au village, au sein des familles, aux côtés des mères, personnages clé de
l'amélioration de l'état nutritionnel des enfants.
Le Projet Nutrition est
né de ces constats qui ressortaient inlassablement lors des séances de PMI. Il
répond à un double objectif :
Ø prévenir
la malnutrition au village
Ø assurer
la prise en charge des enfants malnutris au village, en lien avec le Centre
de récupération nutritionnelle de l'hôpital.
Organisation du projet
Il
s'organise autour du Centre de Récupération nutritionnelle de l’hôpital
et des responsables nutritions villageois. Trois principes guident son
action :
Ø n'utiliser
que des aliments locaux
Ø ne
pas se substituer aux mères
Ø dialoguer
avec les parents, les informer et les former pour une meilleure alimentation de
leurs enfants.
Le
Centre de récupération nutritionnelle a une double mission :
curative à l’hôpital pour les enfants malnutris gravement atteints, préventive
par la formation des responsables villageois, leur encadrement et leur
supervision au village, ainsi que par l'éducation nutritionnelle dispensée aux
parents des enfants hospitalisés, en particulier grâce à des démonstrations
quotidiennes de préparation de bouillies enrichies pour les enfants.
Les
responsables villageois, élus et bénévoles, assurent le dépistage et le suivi
des enfants malnutris ainsi que des animations et des démonstrations
nutritionnelles. Ils visitent les enfants ayant séjourné au centre de
récupération nutritionnelle. L'importance du lien entre Centre de nutrition et
village, réalisé par l'agent itinérant, et la collaboration des responsables
villageois au sein des différents secteurs d'activité (projet agricole, PMI,
projet prénatal), est le garant d'une amélioration à long terme de l'état
nutritionnel de la population.
Après
quinze ans d'existence du projet quelques chiffres méritent d'être mentionnés :
Ø
le nombre de responsables villageois est passé de 10 en
1984 à 32 en 1987 pour atteindre 97 en 2004.
Ø le
nombre d'enfants dépistés est important. Ils le sont à 90 % au village, au
cours des séances de PMI. En 2003, trois cent enfants étaient suivis au
village.
Il
faut noter une recrudescence des hospitalisations et des décès des enfants de 0
à 10 ans, où l’association de la malnutrition à des crises répétées de paludisme
augmente depuis 2 à 3 ans, surtout pendant la saison des pluies. En 2003, 41
enfants sont décédés.
Deux
retombées du projet nutrition
La démarche de prise en charge des
responsabilités par les villageois, parfaitement perceptible aujourd’hui à Tokombéré,
a suscité de leur part deux initiatives directement issues du projet nutrition
: le projet agricole et l’animation féminine. Concrètement :
Ø au niveau du Projet agricole,
détaillé plus loin, un agent de l'hôpital est intégré à l'équipe de la Maison
du Paysan pour assurer le lien et permettre au projet agricole de garder
son option prioritaire pour la santé. Les mères cultivent des champs en commun
dont les récoltes sont mises en réserve pour la période de soudure et
constituent “ le grenier de l'enfant ”. Le Projet nutrition a largement
contribué à la mise en place des greniers communautaires villageois, avec une
part réservée au grenier de l’enfant.
Ø à partir de l’animation féminine (cf.
infra “ projet jeunes ” et “ promotion féminine ”), les femmes prennent
progressivement conscience de leur rôle concernant la santé et l'éducation au
village. Elles participent de plus en plus massivement aux activités de
promotion féminine proposées par le PPHT et prennent, au sein de leur village,
de plus en plus de responsabilités. Ce cheminement montre bien comment, d'un
problème de santé, est née une action collective visant non plus uniquement à
améliorer le facteur nutritionnel, mais s'efforçant d'engager la responsabilité
des villageois eux-mêmes dans un combat à long terme, pour l'amélioration de
leurs conditions de vie, dans un contexte beaucoup plus global.
III. 4 L’action Santé Scolaire
Depuis une quinzaine d'années, le CPS de
Tokombéré mène une action santé qui touche 27 écoles dans l'arrondissement.
Cinq agents itinérants en sont responsables.
Objectifs de cette action :
Ø assurer
la protection sanitaire de l'enfant scolarisé,
Ø favoriser
l'apprentissage de nouvelles habitudes de santé,
Ø promouvoir
l'enfant comme agent d'innovation et acteur du développement de sa communauté.
Fonctionnement :
En
début d'année, les parents d'élèves et les instituteurs sont réunis pour la
présentation des objectifs de l'action santé à l'école. On insiste sur
l'importance de la scolarisation, du rôle de leurs enfants dans le développement
du village. Des Comités de Santé Scolaire (CSS) sont mis en place dans
les écoles. Il s'agit de véritables gouvernements d'élèves avec un président et
plusieurs ministres qui ont tous en charge un aspect de la santé à l'école :
Ø la
propreté de l'eau, de l'école, des latrines,
Ø l'hygiène
des denrées alimentaires,
Ø le
fonctionnement de la pharmacie scolaire,
Ø les
soins des plaies bénignes survenues à l'école... Ce comité se réunit une fois
tous les 15 jours pour faire le point sur son fonctionnement. Tous les élèves
participent à cette action. Ils apprennent à réfléchir, à s'exprimer et à
prendre en charge leurs problèmes de santé.
Moyennant une cotisation annuelle, l'élève bénéficie :
Ø d'un
carnet de santé,
Ø d'une
visite médicale annuelle à l'école,
Ø de
vaccinations (BCG, vaccin antitétanique, vaccin contre la méningite),
Ø des
médicaments de la pharmacie scolaire,
Ø de
tarifs réduits en cas de consultation et d'hospitalisation au CPS.
Un des objectifs
importants du projet santé scolaire est d'éveiller les élèves aux problèmes de
santé du village. Des séances d'animation sanitaire sont organisées par les
maîtres qui étudient, à l'aide de l'Agent Itinérant, le contenu de leur
programme. Une large place est laissée à la participation des élèves. Des
fiches d'éducation sanitaire les aident à identifier les problèmes et à en
chercher les solutions. Les Comités de Santé Villageois (CSV) peuvent
participer aux réunions des Comités de Santé Scolaire (CSS) et invitent
certains élèves à leurs propres réunions. Ainsi, un lien se crée pour l'élève
entre la parole reçue à l'école et celle donnée au village. De retour au
village, les enfants essaient d'appliquer les mesures d'hygiène élémentaires
apprises à l'école, et certaines méthodes d'animation ont été reprises de la
méthode “ l'enfant pour l'enfant ”. Des essais d'animation théâtre ont été
faits.
Une
initiative originale
Au
Collège Baba Simon de Tokombéré, une “passerelle”[4],
a pris pour thème la santé. Comme ailleurs, il y a des Comités de Santé
Scolaire. De plus, un enseignement théorique et des enseignements pratiques
sont organisés sur le terrain avec le Comité de Santé Villageois (visite
enquête, responsabilité PMI). Un agent itinérant y participe. Un professeur est
titulaire de cette passerelle.
Malgré
différentes difficultés, l'action santé scolaire s’est bien mise en place dans
la plupart des écoles. Elle est fondamentale : ainsi, l'enfant scolarisé se
sensibilise dès l'enfance aux questions de santé, il devient responsable de sa
santé, apprend à réfléchir et à agir en communauté. Grâce à l'école, il doit
mieux être à même de contribuer au développement de son village. Comme la
scolarisation progresse, le nombre d’écoles augmente et le projet santé
scolaire ne peut pas les couvrir toutes. Beaucoup d’élèves ne payent pas leurs
cotisations. Un choix est fait et sont retenues les vingt cinq premières écoles
dont 50 % d’enfants ont payé avant le 31 octobre de l’année.
|
IV. BILAN DES
ACTIVITÉS SANTÉ |
Le bilan des
activités santé pour l’année 2004 est détaillé en Annexe 2. Au delà des
chiffres classiques d’un bilan d’activité hospitalier comme les consultations
et les consultants, les hospitalisations et les journées d’hospitalisation, les
interventions chirurgicales et les accouchements, etc. ; il faut être
attentif à toutes les données qui concernent le programme de Soins de Santé
Primaire (SSP). Sans les SSP le programme curatif serait sans objet. Par
contre l’accroissement de leur impact impose dès maintenant et imposera encore
plus dans les années à venir une élévation du niveau des soins secondaires.
Il faut toutefois
noter dans ces chiffres la présence en proportions élevées (plus de la moitié
des consultants et des hospitalisés) de patients ne relevant pas du secteur
d’activité de Tokombéré. Ne suivant pas le programme de SSP, ils pèsent sur le
projet sans en bénéficier pleinement.
L’annexe 3 donne
les statistiques annuelles pour le programme de prévention du SIDA.
Le protocole
d'accord d'avril 2003 entre le Diocèse de Maroua-Mokolo et le Ministère
camerounais de la santé publique confie à l'hôpital privé de Tokombéré le rôle
d'hôpital de district ; ce protocole d'accord entre privé et public est encore
exceptionnel au Cameroun. Il donne des charges à l'hôpital, référence pour la
région, et au Ministère, subventions, affectation de personnel , dotation de
matériel et de médicaments...
Agréé comme
centre du PTME, puis comme UPEC pour le traitement des malades atteints par le
virus du Sida, cela complète notre stratégie d'approche de cette grave endémie.
AUTRES SECTEURS
D'ACTIVITÉS DU PROJET
|
I. LE PROJET AGRICOLE |
Dans l'arrondissement, où la pression démographique se fait de plus en
plus forte, la malnutrition sévit et fait de nombreuses victimes surtout parmi
les personnes vulnérables tels les enfants, les femmes enceintes et celles qui
allaitent. Plusieurs causes rendent compte de cette malnutrition. Les plus
importantes sont :
Ø la
baisse de la production des cultures vivrières due à la sécheresse endémique depuis
1972 et à la baisse des niveaux de fertilité des sols,
Ø les
coutumes alimentaires,
Ø la
non maîtrise des techniques culturales par les montagnards venus habiter le
piémont et les plaines : on ne cultive pas la plaine comme la montagne. Cette
migration est aussi à l'origine de la perte des greniers de réserves dans les
jeunes foyers, mais qui sont actuellement remplacés par les greniers
communautaires,
Ø l'effondrement
coutumier devant les exigences économiques actuelles.
Les malnutritions observées sont en général des malnutritions globales,
type marasme, et rarement des maladies carentielles type kwashiorkor ou autre.
Pour lutter contre ces malnutritions, il a été ouvert au Centre de Promotion de
Santé (CPS) de Tokombéré, un centre de Nutrition (CN) dont la première et
urgente préoccupation était la récupération des enfants les plus atteints, les
soigner et conseiller les mamans sur l'utilité des bouillies enrichies, leur
fabrication et d'une manière générale sur l'alimentation du jeune enfant. Mais
cela n'a pas suffit pour empêcher que la courbe de poids d’un grand nombre
d’entre eux ne se casse presque systématiquement dès le 4ème- 5ème
mois et non pas un peu plus tard comme c'est l'habitude... alors que l'on est
en “ alimentation lactée ” normalement suffisante. Force fut de conclure que le
lait de la maman n'était pas assez riche, du fait d’une alimentation
insuffisante. On ne pouvait donner des bouillies aux mamans. Il fallait
améliorer leur nutrition, améliorer leur production.
Devant cette situation alarmante, des
groupes d'hommes et de femmes se sont constitués pour cultiver ensemble des
champs dont les récoltes, étaient destinées à compléter les récoltes
insuffisantes pour les enfants atteints ou à assurer un fond d'argent pour les
groupes. Ces champs furent parfois des jardins, des champs de mil ou
d'arachides. Les premiers groupes formés se consolidèrent ; de nouveaux groupes
naquirent. Au total, 51 groupes étaient dénombrés dès la fin de la campagne
1986-1987. Avec l'aide de l'INADES FORMATION Maroua, ces groupes étudièrent une
journée par mois, les techniques agricoles adaptées à la région.
En mars 1985, ces groupes de paysans ont élu un bureau chargé de les
représenter sur l'arrondissement : le comité de paysan. La volonté manifestée
par les paysans pour lutter contre la malnutrition était évidente, mais faute
d'encadrement et de suivi, les résultats obtenus restaient modestes. C'est pour
aider à la résolution du problème d'encadrement de ces groupes que le projet
agricole est né.
Il s'intègre au projet global et a pour objectifs :
Ø d'aider
à l'amélioration quantitative de la production agricole et de l’élevage par un
encadrement des paysans groupés
Ø d'aider
à mieux maîtriser la gestion de la production
Ø de
coordonner et de suivre l'action de tous ces groupes
Ø d'assurer
la formation de ces groupes sur le plan des techniques agricoles.
Ce volet agricole, intégré dans l'ensemble
du projet soins de santé primaire, a permis depuis 1980 non seulement
d'approfondir la réflexion en matière de production agricole, mais encore
d'élaborer un certain nombre de stratégies pour une amélioration de la vie dans
sa globalité au niveau des villages. Au cours de ce parcours effectué avec les
communautés de Tokombéré, nous avons obtenu les résultats suivants :
Création
d'un centre d'animation et de recherche en développement communautaire,
appelé Maison du paysan de Tokombéré qui joue à l'heure actuelle un rôle
déterminant dans la formation et la mise en place d'une organisation paysanne
dynamique. Dotée
de personnel compétent, la Maison du paysan assure aussi la formation des
jeunes agriculteurs et l'accompagnement de 80 groupements paysans qui
appartiennent à la fédération des groupements des agriculteurs modernes de
Tokombéré (GAMTOK).
La Maison du Paysan se
donne 4 objectifs immédiats :
Ø
la
formation de jeunes agriculteurs
Ø
l'encadrement
des paysans, éleveurs, maraîchers, en lien avec le Gamtok
Ø
la
sécurité alimentaire avec la supervision des greniers villageois communautaires
Ø
l'approvisionnements
en intrants, semences, produits vétérinaires, plants d'arbres fruitiers et
d'ombrages...
Mise
sur pied d'une organisation paysanne
: le GAMTOK (Groupement des Agriculteurs Modernes de Tokombéré). C'est
une fédération de 80 groupements de 10 à 12 personnes. Le GAMTOK s’est
structuré petit à petit en une institution locale de développement dirigée par
des paysans et engagée à servir leurs intérêts. Des GIC (Groupements d’Intérêt
Communautaire) se mettent en unions qui constituent une Fédération reconnue par
le Ministère camerounais de l'agriculture.
Mise en place de 27 banques de céréales et de sécurité alimentaire
Ces banques ont joué un rôle très positif
dans la régulation des stocks de sécurité pendant les périodes de soudure dans
la région, à partir de la grande famine de 1998. Leurs objectifs ont été
clairement définis par les groupements membres :
Ø
Améliorer la
sécurité alimentaire villageoise aux moments des soudures très difficiles grâce
au maintien sur place des céréales (sorgho notamment) produites localement,
soit par la cotisation des membres sur place des groupements, soit par l'achat
éventuel des quantités supplémentaires vendues par d’autres paysans au village.
Ø
Avoir au village un stock de mil disponible pour les
paysans à des prix abordables, ce qui a permis à terme de briser les
spéculations des commerçants revendeurs et de leurs intermédiaires.
Ø
Renforcer l'autonomie de la communauté à la gestion des
produits agricoles et à une meilleure organisation pour la commercialisation.
Par ailleurs, l'acquisition des techniques et pratiques de bases accumulées au
cours de cette activité peut être transférée à la gestion d'autres activités
socio-économiques.
Les
résultats obtenus après 12 ans d'expérience sont concluants ; en matière de
production, des efforts sensibles ont été réalisés aussi bien qualitativement
que quantitativement. En terme de prise de conscience, beaucoup de paysans ont
réalisé que grâce à ces banques, ils ont réussi à chasser la famine du village.
Création
du “ Grenier Nord-Sud ” :
Problématique
:
La recherche des
solutions aux problèmes liés à la sécurité alimentaire a permis de constater
que cette sécurité alimentaire est très dépendante de la sécurité financière.
En effet, les besoins auxquels doivent faire face les paysans de la région
croissent toujours et le plus difficile reste la prise en charge de la
scolarité des jeunes par leurs parents depuis le primaire jusqu'à l'université,
et la prise en charge des besoins de santé.
Notons par ailleurs que nous sommes dans une
zone où les familles sont à peine en autosuffisance alimentaire, avec un revenu
catastrophiquement bas (800 à 1000 FF, 120 à 150 euros par an). La dévaluation
de 1994 a fait baisser davantage le pouvoir d'achat des paysans, ce qui limite
encore plus les possibilités de prise en charge de la scolarité des jeunes
alors que nous sommes la région la moins scolarisée du Cameroun.
Comment contourner ces multiples obstacles?
Comment motiver les parents et les jeunes pour la construction d'un avenir
meilleur en mobilisant les ressources disponibles ? Pour répondre à ces
questions, nous avons étendu le champ d'action des banques de céréales à la
prise en charge de la scolarité des jeunes, en favorisant toujours la sécurité
alimentaire.
En continuant la réflexion par rapport aux
besoins familiaux à satisfaire, nous avons débouché sur la création du Grenier
Nord-Sud.
Objectifs
:
Le Grenier
Nord-Sud est l'extension des stages de formation mis en place à la Maison
du Paysan du CPS de Tokombéré. C'est un appui technique pour :
Ø aider
les paysans à mieux gérer leurs productions et pour le paiement de la scolarité
des enfants ou d’autres besoins de la famille
Ø rechercher
des débouchés et effectuer une vente groupée de ces produits sur les marchés du
Sud et des autres localités du Cameroun
Ø dégager
de cette vente un revenu financier substantiel pour faire face aux autres
besoins monétaires : santé, équipement en matériel de production, impôt, etc...
Ø créer
avec les bénéfices issus des opérations de vente, un fond de crédit rotatif et
d'investissement dans le domaine agricole et d'élevage
Ø s'ouvrir
sur l'extérieur, échanger avec d'autres paysans dans les localités du Cameroun
Ø renforcer
l'autonomie des communautés villageoises à la gestion des produits agricoles et
à l'apprentissage de la commercialisation de ces produits
Ø poursuivre
à travers ce projet, le combat pour une meilleure santé et une vie meilleure
Ø renforcer
les capacités d'organisation, de négociation et d'autonomie des groupements de
paysans encadrés par la Maison du Paysan afin de favoriser la création d'un
organe de développement économique régional.
Le Grenier Nord-Sud est un lieu de rencontre
entre le Nord et le Sud pour favoriser les échanges et la création des réseaux
interpaysans du Cameroun.
Le Grenier
Nord-Sud représente un grand enjeu et un défi à relever pour les paysans de
Tokombéré. Sa réalisation comblera leurs attentes et confirmera la solidarité
agissante des partenaires du Nord.
Actuellement la
Maison du Paysan accompagne cette
action, qui reste cependant prioritaire. Avec l’expérience acquise, ce sont les
groupements paysans eux-mêmes qui descendent au Sud leurs produits et assurent
la gestion. C’est une action nécessaire qui doit à nouveau se développer, car
les villes ont des besoins alimentaires et les villages des besoins financiers,
sous la responsabilité propre des acteurs villageois.
Insertion
des jeunes en milieu rural par la promotion de l'élevage
Dans
l'arrondissement de Tokombéré, le nombre de jeunes scolarisés augmente chaque
année. Ces jeunes qui reviennent au village recherchent des activités qui
puissent leur procurer un revenu substantiel, un emploi qui leur permette de
vivre. Ils nous questionnent par rapport à leur avenir...
En étudiant leurs
demandes et en réfléchissant avec eux aux possibilités de vivre mieux au
village, nous avons identifié quelques actions concrètes susceptibles
d'apporter quelques réponses à leurs questions. Nous avons débouché sur la mise
en route du programme d'insertion de jeunes en milieu rural dans le cadre de la
JCET (voir plus loin).
II. LE PROJET JEUNES
|
L'avenir des jeunes de
l’arrondissement de Tokombéré
Dans l'arrondissement de Tokombéré, comme
dans l'ensemble de la province de l'Extrême-Nord du Cameroun, les jeunes de
15-25 ans représentent plus de 60 % de la population. Mais ce potentiel humain
très important, cette population active pleine de vigueur, outil de
développement et avenir de la région, vit dans l'impasse.
Pourquoi et que peut-on proposer
?
En
1986, l'accent fut mis sur le fait que toutes les actions menées concernaient
en priorité : les femmes enceintes, les nouveau-nés, les enfants de 0 à 5 ans
mais aucunement les jeunes ni les adolescents. Et pourtant, ces jeunes doivent
faire face à de nombreuses difficultés : abandon des études par manque de
soutien moral et matériel, inquiétude face à l'avenir, distorsion entre
coutumes et modernité, crises d'identité (parents, religion, etc). Ce fut
l'origine de ce projet qui vit, à la lumière de cette constitution, la relance
du Foyer des Jeunes de Tokombéré (FJT), qui existait depuis longtemps.
Objectifs
Permettre
aux jeunes de s'épanouir dans un cadre éducatif où s'exercent l'apprentissage
de la responsabilité, l'esprit d'initiative et l'expérience communautaire,
telle est la base essentielle sur laquelle s'appuie le projet. Il était urgent
et nécessaire de permettre à tous les jeunes de poursuivre un itinéraire de
scolarisation ou de formation. Cela supposait : l’extension des écoles, la
création d'un collège, un personnel disponible pour un accompagnement
quotidien, des structures d'accueil et lieu de rencontres.
Moyens mis en œuvre
Le
Foyer des Jeunes de Tokombéré (FJT)
Cette structure, rassemblant toutes les
activités des jeunes à Tokombéré, s'est alors largement développée. Un conseil
de gestion, avec des adultes, et un conseil des jeunes, élus par l'ensemble des
jeunes, en assurent le fonctionnement. Le foyer lui-même propose diverses
activités auxquelles participent plus de 400 jeunes :
Ø une
bibliothèque et une vidéothèque (films et documentaires),
Ø un
club de sport (football, volley, athlétisme, ping-pong...),
Ø des
activités culturelles (théâtre, danse et musique traditionnelles),
Ø le
journal Kudumbar, trimestriel, écrit, conçu et réalisé par les jeunes, critiqué
par un comité composé de jeunes,
Ø
la Semaine des Jeunes de Tokombéré, manifestation
culturelle annuelle au cours du mois d'août, est organisée par les jeunes et
présidée par des aînés originaires de Tokombéré.
Ø
Trois jours sont réservés à un rassemblement, lieu de
conférences - débats sur un thème précis, rencontres avec des personnalités
africaines. Les jours suivants proposent sports, jeux, concours, etc... ainsi
qu'une journée dite “ journée kirditude ” consacrée à l'étude des cultures
locales (visite des ateliers de travail artisanal et grande fête traditionnelle
avec danses, contes et récitants).
Ø
Les cop'monde (copains du monde). C'est un mouvement
regroupant tous les enfants sans distinction de religion ou de scolarisation,
âgés de 6 à 14 ans. Le bureau national siégeant à Yaoundé lance chaque année un
thème autour duquel s'orientent toutes les actions (travaux manuels,
champêtres, ménages, ...).
Les
mini-foyers
En
1995, le besoin s'est fait sentir de décentraliser l'action du FJT. Beaucoup de
jeunes, scolarisés dans le secondaire, rentrent au village, sans emploi et sont
alors disponibles. D’autres ne sont pas scolarisés. Trente mini-foyers ont été
créés et les jeunes organisent leurs activités et gèrent leur foyer selon le
principe de l'auto-gestion et du co-financement, nécessitant de leur part une
forte participation y compris financière. Sur le plateau Zoulgo, s'est ouvert
le Foyer des Jeunes du Plateau (FJP) qui offre les mêmes activités que le FJT,
toujours dans le cadre du Projet Jeunes.
Les
chantiers de vacances
Des
chantiers (maçonnerie, peinture, agriculture, artisanat, travaux linguistiques
et culturels) sont organisés pour les jeunes pendant leurs vacances. Chaque
année cent quatre vingt jeunes passent contrat avec des adultes pour les aider
dans les champs, dans les sarés, dans les institutions. L’adulte paye un tiers
de la bourse de 250 FF ; le projet paye le reste. Huit semaines de
travail, 6 heures par jour, 5 jours par semaine, sous la direction des parents
et des responsables qui les encadrent pour assurer le fonctionnement du
chantier, mais aussi pour faire réfléchir ces jeunes à la valeur du travail, au
respect de la terre, au respect des parents, au travail en groupe, pour établir
un dialogue entre parents et enfants.
L’aventure
Saré
Le
Saré est l'habitat traditionnel familial, mais aussi, une entité sociale
autonome qui a ses règles de vie. C'est ainsi que s'appellent également les
foyers autogérés où se regroupent à Tokombéré et à l'extérieur les jeunes
élèves et collégiens habitant loin du collège ou des écoles primaires. Il
existe plusieurs sarés de filles et de garçons. Un président et des ministres
élus en assurent le fonctionnement. Cette expérience a largement fait ses
preuves depuis 1985. Elle contribue à améliorer la vie quotidienne des élèves,
diminue les abandons en cours d'année scolaire, et assure de meilleurs
résultats. Beaucoup d'autres communautés de la province utilisent désormais ce
type de structures. Le Projet jeunes a pour but de faire prendre conscience aux
jeunes des énormes potentialités qu'ils ont quant à leur vie physique, sociale,
intellectuelle et spirituelle et du rôle unique et essentiel qu'ils peuvent
tenir dans le développement de leur village. Ces sarés sont d'excellents lieux
d'auto-éducation ; deux adultes passent une soirée par quinzaine pour
accompagner ces jeunes.
Les
étudiants de Yaoundé et de Ngaoundéré ont choisi la même façon de vivre, pour
les aider dans leurs études et dans leur évolution humaine, avec deux sarés à
leur disposition, la même autogestion, une bibliothèque, une réelle vie
communautaire et de prière.
Projet
scolarisation
Il existe dans l'arrondissement de Tokombéré, 50 écoles publiques et
privées, 2 lycées (un public, un privé), 2 CES. Le secteur privé comprend 5
établissements catholiques : l'école Saint Joseph, et 3 groupes scolaires
ruraux, accueillant plus de 1500 jeunes, le Collège Baba Simon.
Les
Associations de Parents d'Elèves (APE) sont très actives tant au niveau du
primaire que du secondaire. Organisées par quartiers, elles essayent de
mobiliser les comités pour que tous les enfants aillent à l'école et pour que
les parents trouvent un peu d'argent pour payer les frais minimum d'écolage.
Le
Collège Baba Simon
Ouvert en
septembre 1990, il possède 2 classes par niveau de la 6éme à la 3ème et conduit
au BEPC et à un 2ème cycle, aboutissant aux Baccalauréats A et D. C’est un
collège rural d’enseignement général proposant aux enfants une initiative
remarquable, les passerelles. Innovation fondamentale du Collège Baba
Simon, la passerelle est un des multiples chemins qui doivent relier le
collège au village. Son objectif est que l'élève reste proche de ses parents,
qu'il apprenne à valoriser la vie dans son village, qu'il se prépare à
éventuellement y revenir avec la possibilité d'y être actif et utile.
Concrètement, les passerelles sont des formations données aux élèves en
agriculture, santé, traditions et artisanat.
Chaque professeur de l'enseignement général est aussi intégré à une
passerelle.
La
passerelle agricole
A pour objectif d'aider les jeunes à garder
l'amour de la terre, à valoriser le métier d'agriculteur par l’apprentissage de
techniques plus appropriées au milieu et à l'époque moderne. A côté des cours
théoriques, il existe des temps de travail sur le terrain. Sont abordés les
problèmes de stockage, de conservation, de vente, les problèmes des vergers.
Les groupements villageois sont invités à aider au fonctionnement de cette
passerelle qui, par ailleurs, s'appuie sur le projet agricole.
La
passerelle santé
Cours théoriques et participation aux
activités santé du village : PMI, groupes nutrition, pharmacie
villageoises... permettent aux enfants de prendre conscience de leur rôle dans
l'amélioration de la santé de la population. Cette passerelle se fait aussi
grâce à la collaboration des infirmiers de l'hôpital.
La
passerelle artisanat villageois
Entretenir et
réparer une motopompe, souder un soc de charrue, fabriquer un meuble, faire un
plan, une maison, une charpente, coudre, tricoter, broder... tous ces travaux
s'organisent par groupes sous la direction d'un technicien ou d'un artisan du
village.
Langues et
cultures au village
Rencontres
avec les anciens, autour de contes et proverbes, réflexions sur la naissance,
les sacrifices, le mariage... cours de langue, d'histoire, étude des musiques
et danses traditionnelles, collecte d'objets tombés en désuétude.
Tous les jeunes sont obligés de choisir la
passerelle agriculture, de même qu'une branche de la passerelle artisanat
(maçonnerie, menuiserie, mécanique...), et pour le 2éme cycle la passerelle
agroalimentaire. Les élèves découvrent les possibilités de transformation des
produits agricoles de base (panification, jus de fruits et confiture,
transformation de la viande).
Le Collège Baba Simon a été en 2004 classé
13ème établissement secondaire du Cameroun par le Ministère de
l'Education.
Les Académies
Des groupes de jeunes appartenant à deux ethnies,
les Mouyang et les Zoulgos, se sont constitués pour étudier la vie
traditionnelle de leurs parents… un moyen pour rapprocher un peu les jeunes de
leurs parents, en mettant en contact les uns demandeurs, les autres
informateurs, et espérer combler le fossé. Ce furent les Académies, découverte des alphabets et de la syntaxe, collecte de
contes et proverbes, traduction de la Bible, publications de livres sur la tradition
et les coutumes…
III. LA PROMOTION FÉMININE
|
En
1978, a été inaugurée à l'hôpital de Tokombéré, la Maison de la Mère et de
l'Enfant, lieu de consultations pédiatriques et centre de récupération
nutritionnelle.
En 1985 la case Sœur Annuarite a été ouverte, aux femmes et aux
jeunes filles, au sein du Foyer des Jeunes de Tokombéré (FJT).
En 1991, un stage de promotion pour les jeunes filles d'âge post scolaire
a été ouvert. Dix jeunes filles, pendant 2 ans, vivant en saré, ont bénéficié
d'une formation pluri-disciplinaire à laquelle ont participé 20 encadreurs du
Centre de Promotion de la Santé, de la Maison du Paysan, de la paroisse, sous
la coordination d'une religieuse camerounaise chargée du projet. Une deuxième
promotion a été recrutée en février 1994. A leur sortie, les jeunes filles,
dans leurs villages, ont d'abord à s'insérer, à devenir leader d'actions
novatrices dans le domaine de l'artisanat villageois, agriculture, couture,
puériculture, et à prendre leur place de femmes dans le comité.
Ces stages ont été remplacés par des sessions brèves pour jeunes filles
ayant arrêté leurs études, une semaine 3 fois par an, sur des sujets de santé,
puériculture, couture et cuisine, de vie sociale et politique, d’agriculture
etc.
Parallèlement, 30 groupes de femmes, répartis sur tout l'arrondissement,
se sont constitués. Les femmes s'affirment peu à peu comme responsables du
développement de leur village et de la vie des familles. Couture, puériculture,
cuisine, hygiène, etc, sont au programme, de même que la réflexion sur la place
de la femme dans la communauté, son rôle dans le couple et auprès des enfants
(responsabilité parentale...). Plus de 400 femmes sont ainsi en pleine
effervescence. Le
rôle de la femme reste prédominant dans les PMI, les groupes nutrition,
l'action prénatale, mais aussi à la Maison du Paysan ou plusieurs groupes sont
exclusivement féminins et particulièrement actifs.
Ce
secteur d'activités est en pleine croissance. Il a été construit à Tokombéré un
centre fixe de promotion féminine (Maison de la Femme) qui sert aux
stages de formation des jeunes filles, et aux sessions de formation et
d'animation des femmes. En 2003-2004 puis en 2004-2005, un cours de couture
intensif permet à des jeunes femmes de l’arrondissement d’acquérir une réelle
formation avec grande compétence dans ce domaine, et déjà de s’installer comme
couturières. C’est un objectif de la Maison de la Femme de permettre aux femmes
d’acquérir une compétence pour que le travail aide la vie de la famille, tout
en prenant dans la famille et la société la place qui leur revient.
IV. L’ALPHABÉTISATION
|
Dans
la région, une large partie de la population est encore analphabète. Malgré une
nette augmentation du nombre des écoles primaires et l'ouverture de deux
collèges dont le Collège Baba Simon, les enfants restent peu scolarisés. Ces
dernières années le taux régresse en raison de la crise économique. Les adultes
ayant eu la chance d'aller à l'école sont rares et, souvent, ont quitté le
village. Les très nombreux dialectes locaux entravent la communication des gens
avec l'administration et diminuent les possibilités de relations avec les
camerounais venant d'autres régions. Depuis longtemps déjà, se sont organisées
dans le secteur des séances d'alphabétisation.
Le
but recherché
Les
buts poursuivis par cette alphabétisation restent très modestes :
Ø Echanges
et réflexions en langue locale sur un sujet de la vie quotidienne (écoles,
construction de la case, récolte, santé, famille).
Ø Initiation
à la langue française parlée sur ce même sujet.
Les
efforts sont portés sur la langue, outil relationnel et moyen de communication
et sur l'apprentissage de l'écriture, de la lecture et du calcul.
L'organisation
Ø Les
villageois inscrits doivent être au moins 30 par groupe.
Ø Ils
doivent construire une case pour les cours.
Ø Ils
doivent verser une cotisation : matériel, indemnité aux alphabétiseurs.
Ø Ils
s'engagent à loger et nourrir l'alphabétiseur si son village est trop éloigné.
L'alphabétisation se déroule pendant la saison sèche, sur 3 mois, de janvier à
mars, à raison de 4 matinées par semaine. Les alphabétiseurs ont tous été
scolarisés et vivent au village. Sélectionnés par un test, ils reçoivent
ensuite une formation d'une semaine, avant de se rendre dans le village qui
leur a été attribué. Cette formation consiste en une réflexion sur les
objectifs de l'alphabétisation et propose des méthodes pédagogiques. Pendant
toute la durée du cycle, les « alphabétisants » reviennent à
Tokombéré un matin par semaine pour faire le bilan de la semaine écoulée et
préparer les cours suivants. Le coordinateur de l'alphabétisation se rend
également dans les villages pour suivre le travail effectué dans les groupes.
La session s'achève par un petit examen qui permet de tester le niveau de
chacun des participants et d’encourager ceux qui ont progressé. Une indemnité
mensuelle est remise aux alphabétiseurs. Le recrutement se fait auprès des
responsables des groupes de village, et dans les groupes de femmes du projet de
promotion féminine.
Quelques contacts
Depuis 1985, Tokombéré et plusieurs villages poursuivent leur travail,
manifestant ainsi le désir de formation des habitants.
Ø Les
femmes sont nombreuses malgré la difficulté de se libérer des travaux
quotidiens et la réticence des maris.
Ø Le
niveau relativement faible des alphabétiseurs eux-mêmes rend compte du faible
niveau atteint par les participants malgré l'effort de tous.
Ø Le
retour des jeunes au village, sans emploi, permet un certain recrutement. La
formation est désormais assurée par une équipe sur le plan de toute la région.
Ø Les
participants sont peu assidus. Les effectifs baissent en cours de session, car
les villageois se lassent. Ceux qui n'ont pas payé leur cotisation ne
reviennent plus. En février, bien des gens sont occupés par les marchés : coton,
karal (mil de saison sèche) et délaissent les séances. Dans ces conditions, il
est difficile de faire un travail suivi et progressif.
Malgré tout, des signes encourageants existent :
Ø L'intérêt
exprimé par de nombreux participants de pouvoir parler en français.
Ø Lors
de réunions préparatoires, les villageois ont été unanimes à déclarer “nous
souhaitons l'alphabétisation car cela nous ouvre la tête”.
Ø Beaucoup
d'enfants, théoriquement inscrits à l'école, ne sont pas des participants
officiels des séances, mais, assis dans le fond de la case, ils sont des
auditeurs attentifs qui captent tout ce qu'apprennent leurs aînés.
Ø Plusieurs
groupes sont constitués uniquement de femmes. L'alphabétisation a été intégrée
au déroulement du travail de promotion féminine sur toute l'année. Ces groupes
sont tous motivés et assidus.
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V. LA JEUNE CHAMBRE ÉCONOMIQUE
DE TOKOMBÉRÉ (JCET) |
La dernière née des
structures du Projet est la JCET. Devant les questions que pose l’installation
des jeunes scolarisés dans l’arrondissement et afin d’amorcer la création d’un
modeste circuit économique et financier, une quinzaine de jeunes de Tokombéré
ont osé constituer des petites entreprises dont l’ensemble constitue la
JCET : des entreprises agricoles d’abord, cultures vivrières, maraîchages,
élevages de moutons, porcs, poules, mais aussi garage, hôtel restaurant,
entreprise électrique, artisanat, commerce, menuiserie et vannerie…
Leur démarrage est dur
et lent car les ressources de la population sont très faibles et on est
toujours en auto-subsistance mais avec prêts remboursables.
Les caisses d’épargne et
de crédit, lancées par la Maison du Paysan il y a 6 ans fonctionnent désormais
de façon indépendante du Projet. Conçues comme un système de micro crédit au
départ, elles ont des difficultés dans leur fonctionnement à distinguer pour
les crédits entre intérêt financier et intérêt social. Elles représentent
cependant une démarche importante qu’il convient de mieux guider pour être
utile à la population.
CONCLUSION
Ainsi, un projet pour la santé, à partir d'un hôpital rural, a initié un
programme de santé intégré, fondement d'un programme de
développement prenant en charge une population répartie sur un arrondissement,
à laquelle il apporte un espoir de promotion humaine.
Intégré, cela
veut dire pour nous une participation effective de la population entière, mise
en responsabilité. Ces partenaires villageois ne servent pas seulement à gérer
les centres de santé en fonction des besoins locaux de chaque groupe, des
objectifs, des actions de prévention et de promotion humaine. Ils entrent
eux-mêmes dans l'action, non pas seulement comme cotisants ou comme manœuvres,
mais comme agents et vrais partenaires.
Le projet Santé de Tokombéré fonctionne avec
succès depuis plus de 25 ans. Il participe à l'action du Ministère de la Santé
du Cameroun, et nous souhaitons qu'il puisse poursuivre son action sur la zone
cible choisie, l'Arrondissement de Tokombéré, et servir à entraîner d'autres
zones sur ce chemin de la santé, dans le cadre du développement global des
hommes.
Le Centre de Promotin de la Santé de
Tokombéré a reçu en 1987 le prix annuel de la Santé Publique de l'OMS,
organisation mondiale de la santé, le prix Sasakawa, sur proposition du
Ministère de la santé du Cameroun.
Il agit maintenant dans le cadre mieux
structuré et plus efficace du Projet de Promotion Humaine de Tokombéré dont il
est une pierre de fondation très active.
[1] Association Tokombéré 5 Avenue de
l’Observatoire 75006 Paris
[2] www.tokombere-partenaires.org
[3] PTME : programme de transmission du
SIDA mère-enfant
[4] On appelle passerelle une activité
parascolaire intégrée au programme général et aidant l’enfant à garder un
regard attentif sur son village